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21/12/2007

Le cadeau de Noël de mon père

 

 

 

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         C’est un beau cadeau de Noël qu’il nous fait. C’est rassurant. C’est beau et ça fait chaud par où ça passe. Verhofstadt nous donne un gouvernement pour les fêtes. Je peux me poser au pied du sapin et étendre mes jambes sans craindre que le froid ne vienne mordre mes orteils. 

         Je me rappelle mes treize ans. Mon père avait perdu son travail depuis dix mois. Il ne ménageait pas sa peine pour en retrouver. Il partait tous les matins comme s’il allait conquérir le monde. Ma mère l’embrassait avec confiance. Nous, les enfants, nous ne savions pas que, sans travail, l’argent mit de côté s’écoulait et disparaissait comme du sable fin entre les doigts. La vie continuait, comme si de rien n’était (enfin, c’était ce que nous ressentions mon frère, ma sœur et moi).

         Le temps aussi filait entre les doigts. Nous approchions de la Noël. Mon père devenait de plus en plus gris et de plus en plus irritable. Mon père était passé d’un paquet de cigarette par jour à trois ; c’était pour ça qu’il était gris, disait ma sœur. 

         Après quelques mois de recherche, mon père ne quittait plus la maison comme un conquérant, mais comme un chômeur frappé d’un poinçon rouge dans le dos. Ma mère continua néanmoins à l’embrasser le matin avec toute sa confiance de femme aimante.

         Nos parents avaient acheté un petit sapin qu’ils avaient décoré d’une seule boule jaune, une magnifique boule jaune ! 

         Mais nous n’avions pas de cadeaux. Ce n’était pas grave. On comprenait bien que la vie n’offrait pas toujours des cadeaux...

         Le 24 décembre, mon père était parti comme à son habitude. Toutefois, il avait le dos un peu plus courbé. Il se sentait responsable de ne pas nous offrir un vrai Noël. (Ce qui était faux évidemment. Mais les pères et mères oublient que les enfants aiment leurs parents, même s’ils n’ont pas de travail.) 

         Et le miracle eut lieu !

         Mon père appela d’une cabine. Ma mère pleura. Elle disait : c’est merveilleux ! C’est merveilleux ! Reviens-vite ! Et elle pleura encore plus. Des larmes chaudes. Des larmes qui dessinaient la Meuse et l’Escaut sur ses deux joues ! 

         (Comment pouvait-on pleurer de si grosses larmes ? Et surtout comment pouvait-on pleurer en disant : c’est merveilleux ! Voilà ce qu’on se demandait mon frère, ma sœur et moi...)

         Mon père avait trouvé du travail le jour du réveillon de Noël ! 

         Il entra dans la maison, droit et fier comme Ramsès 31...

         Nous passâmes le plus beau Noël de toute la terre. Et le cadeau trônait au milieu du salon... Un contrat signé par mon père ! Un petit papier qui ne payait pas de mine mais qui avait le pouvoir de nous rendre heureux ! Et surtout, de rendre mon père tout rouge et ma mère toute chaude... 

         Peut-être que Verhofstadt fait la même chose ce Noël ? Il nous redonne confiance.

         Mon père n’est pas resté longtemps chez son nouvel employeur ; il a vite trouvé un autre travail à la hauteur de son talent, mais le fait d’en avoir décroché un le jour de Noël avait relancé la machine. 

         Alors, même si le gouvernement 3 n’est qu’intérimaire ou de l’ordre de l’étoile filante, il a le mérite de relancer la chaine de production des hormones de confiance... Non ?

         Tout ça ne doit tout de même pas nous faire oublier que des millions de moutons ont été égorgés hier et que des milliards de particules se baladent dans l’air pour nous rappeler qu’on n’est pas sorti de la mine, que le climat se dérègle, que la pollution que nous générons est plus importante que la puanteur dégagée par certains politiques !

 

 

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           Patrick Ringal

 

   cequejevois@hotmail.com

 

 

10:25 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Humeur, politique, belgique, noël

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