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16/05/2008

Placide en concert

         Placide est chanteur et alcoolique. Il raconte son travail et son arrêt de la boisson. Enfin, arrêt ... ! Les histoires de Placide ont débutées le 24 septembre 2007

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         Et c’est ce que j’ai fait ! (Pas dans un café, mais ailleurs.) 

         Je me disais que soigner le mal par le mal était le meilleur remède. Il y a des night chop tout près des églises. Je le sais parce que j’ai chanté dans bon nombres d’églises et que chaque fois j’allais m’approvisionner en canettes tout près de là.

         J’avais fait assez de vocalises et je vais vous apprendre qu’un chanteur d’opéra n’a pas besoin de trop chanter avant un concert – c’était avant qu’il fallait chanter, dans les semaines qui précédaient. 

         J’ai été boire deux bières dans ma voiture. J’ai mangé quelques bonbons à la menthe. Je suis retourné près des autres.

         En forme ? 

         Je ne réponds jamais à cette question monsieur le chef d’orchestre.

         (De toute façon il n’écoutait déjà plus la réponse.) 

         Le moment était venu.

         Je suis monté sur l’estrade, j’ai ouvert la partition, j’ai pris une grande respiration, l’orchestre a entamé le Bach avec nervosité et j’ai chanté. 

         La voix était belle. Les gens me regardaient et ça me donnait du souffle et de l’assurance. Je tremblais un peu mais on pouvait mettre ça sur le compte de l’immense effort qu’il faut fournir pour chanter un tel aria...

         Le chef me regardait de temps en temps en me souriant (comme mon père l’aurait fait à la veille d’un examen). 

         Les chefs d’orchestre aiment se sentir paternel avec leurs chanteurs. Ce sont eux qui dirigent ; ce sont eux qui décident de donner le LA à la représentation.

         Le chef m’a félicité d’un mouvement de tête à la fin de mon aria. 

         Ce fut le même mariage entre la musique et moi pendant le Telemann.

         Le concert s’est terminé sous des applaudissements nourris. 

         Je n’avais qu’une envie ... aller boire des verres et des verres, et fêter ces jours d’angoisses.

         Mais bon, je devais parler avec ceux, pour la pluparts inconnus, qui voulaient me dire que ma voix était belle. Et je les en remerciais. J’ai toujours trouvé que les gens étaient merveilleux quand ils aimaient avec passion ceux qui les faisaient rêver. L’art est essentiel à la vie et l’artiste n’existe que parce qu’il reçoit la vie des autres. 

         Nous avons été, l’orchestre et moi, dans un café où j’ai bu du café !

         Oui, oui, je te promets, j’ai cessé de boire ! 

         Et bien ça s’entend, ça je peux te le dire !

         Je sais, moi aussi je l’entends ... (pauvre con !) 

         Je suis resté une demi-heure et enfin j’ai pris le chemin de ma voiture où m’attendaient quelques canettes, mes bonnes copines.

         Pour quelqu’un qui avait cessé de boire, je crois que j’avais perdu le mode d’emploi. 

         Il est tellement facile de mentir. L’alcoolique est champion aux J.O. de l’hypocrisie. L’alcoolique aime mentir parce qu’il se préserve son petit jardin secret meurtrier.

         Dans ma voiture, je commençais à me dire que j’aurais mes chances à la « Star académie » !

 

 

 

 

           Patrick Ringal

 

    cequejevois@hotmail.com

 

 

Commentaires

Placide est sur le bon chemin...
Ne pas boire pour vaincre ses angoisses, voilà une belle réussite !

À l'avenir, il devra peut-être se concentrer sur ses victoires et non sur ses défaites...

Écrit par : Olivier | 16/05/2008

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