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17/06/2008

Brutus à la mer

 

   Brutus et Rufus sont deux pêcheurs à la ligne. Ils aiment discuter à longueur de journée des petits riens de la vie... Ils collectionnent les calendriers de « Pin-up » et entre deux coups, pensent au monde qui tourne parfois dans le mauvais sens

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         - Mais alors Brutus ! Où t’étais ? T’as été voir la Pin-up de juin ou quoi ! Ca fait cinq jours que t’as disparu ! 

         - J’ai été pêcher.

         - Mais où ? Tu aurais pu me prévenir... 

         - Je ne pouvais pas, ma femme était avec moi. Oh, c’est pas qu’elle ne t’aime pas, mais elle voulait qu’on passe un moment à deux, ça ne nous arrive pas souvent.

         - Ouais. 

         - Tiens-toi bien, accroche-toi à ta canne, j’ai été pêcher en mer...

         - Oups ! 

         - Enfin non, pas en mer mais au bord de mer.

         - Et quoi, les étangs d’Ixelles ne te plaisent plus ? (Rufus avait quelques sanglots dans la voix) 

         - Mais non ! Ma femme voulait découvrir autre chose que des journées à la maison. Elle en avait en peu marre que je parte pêcher tous les jours pendant qu’elle s’occupait du ménage. Tu sais bien que je lui ai demandé mille fois de venir avec moi, mais ma femme (tu la connais) n’aime pas s’asseoir au bord de l’étang et d’attendre – c’est elle qui le dit - comme une grosse morue qu’un appât passe ! Elle n’aime pas la pêche, alors il fallait bien que je lui donne ces quelques jours.

         - Mais tu as tout de même pêcher ? 

         - Ben oui, et c’est ça qui est fou, ma femme aimait me voir pêcher au bord de mer ! Elle disait que ça me rajeunissait, que j’avais tout compte fait un beau corps !

         - Dis-donc ! Peut-être que je devrais aussi aller au bord de mer ! Tu sais que ma femme trouve que je ressemble à une grosse patate chaude, trop chaude, quand j’attends la touche... Tu me fais rêver Brutus ! 

         - Et je vais encore te faire rêver. Ma femme a aussi pêché...

         - Oups ! 

         - Oui mon ami, elle a pêché et elle était heureuse. Elle disait tout le temps que le mystère des fonds marins la troublait. Elle disait : dire que je ne sais pas ce qu’il y a là devant moi. Je ne vois que de l’eau qui s’agite, qui bouillonne, qui arrive par vague et qu’en dessous il y a du poisson bon à manger, contrairement à la carpe.

         - Tu aimes encore la carte, heu la carpe Brufus, heu Brutus ? (Rufus était visiblement troublé.) 

         - Mais oui mon ami !

         (Les deux amis se sont pris dans les bras, oubliant pour un cours instant leurs cannes qui filaient fièrement vers le milieu de l’étang.)

         Brutus se disait que la vie était belle et qu’il suffisait de peu pour la rendre plus belle encore. Quelques fois, il vous suffit de prendre un autre chemin et le cœur se remet à battre comme au premier jour.

 

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           Patrick Ringal

 

   cequejevois@hotmail.com

 

 

05/06/2008

Gisèle et le suicide

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          Comme le dit Paul Galand : un crocodile n’est pas fait pour terminer sa vie en manteau sur les épaules d’un mannequin anorexique ! 

         Et bien moi je dis que les enfants de 22 et 24 ans ne sont pas faits pour aller se suicider dans les bois loin de chez eux ! Vous me comprenez monsieur le curé d’Amboise sur Alèthe ?

         Monsieur le curé boit son café et lit le journal. Il relève la tête et dit : 

         - Gisèle, à 22 et 24 ans on n’est plus un enfant ! Ces grands là savent ce qu’ils veulent...

         - Mais je vous parle de suicide ! 

         - Miséricorde...

         Monsieur le curé fait le signe de croix à la va-vite. 

         - Vous pensez que ces jeunes s’amusent ? Vous pensez qu’ils veulent se suicider par jeu ?

         - Ma bonne amie, qui sont ces jeunes dont vous me parlez ? 

         - Vous n’avez pas entendu parler de ces trois enfants de 22, 22 et 24 ans qui sont allés dans les bois, qui ont fermé les vitres de leur voiture et qui ont branché un tuyau avec le pot d’échappement ?

         - Non, mais je trouve que leur acte est infantile... 

         - C’est bien ce que je vous dis ! Ce sont des enfants !

         - Mon dieu ! Sont-ils morts ? 

         - Non, mais ce n’est pas votre dieu qui les a sauvés. Un bûcheron (avec son cheval ardennais) passait par là et il a trouvé ces pauvres âmes un demi-pied dans la tombe...

         - Dans quel monde vivons-nous... C’est certainement le cheval ardennais qui a conduit cet homme... 

         Monsieur le curé d’Amboise sur Alèthe reste un moment pensif, puis dit :

         - Le cheval ardennais... Quelle belle bête ! Calme, puissant, une force tranquille, une crinière aussi belle que les cheveux du Christ, une « paisibilité », une bonne humeur, aaaah les cheveux, heu, les chevaux ardennais ! Il faudrait que chaque village en possède un et tout irait mieux. Je vais vous dire une chose ma bonne amie : les animaux nous montrent les portes de la vie. Ils n’abandonnent jamais. Ce n’est pas comme vos enfants ! 

         - Ouais (veuillez excuser mon langage de si bon matin) mais vous pourriez faire une prière pour qu’ils ne recommencent plus, et tant qu’à faire, faites-en aussi une pour les pêcheurs qui ne gagnent plus leur vie... au lieu de débiter (pardon) des conneries sur les bienfaits des animaux et patati et patata... !

         - Je vais essayer. Mais vous savez que j’ai déjà tellement de prières à faire ce matin et que je ne sais pas où mettre celle pour ces jeunes désœuvrés, ce bûcheron, les pécheurs ! Ah, ben j’y pense, je dois également prier pour madame Tussard... Elle a une dent qui gigote et elle aimerait qu’elle tienne jusqu’à la fête du cochon. Bien, je vais essayer. Je prierai également pour le cheval ardennais qui a retiré de la détresse ces trois enfants...

         Sur ces bonnes paroles, le curé d’Amboise sur Alèthe termine sa tasse de café.

 

 

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           Patrick Ringal

 

    cequejevois@hotmail.com