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12/03/2009

Placide... quelques souvenirs

 

Placide est chanteur et alcoolique. Il raconte son travail et son arrêt de la boisson. Les histoires de Placide ont débutées le 24 septembre 2007

 

 

 

 

quelquessouvenirs

 

        Je ne me souviens plus de grand chose. J’ai passé quelques semaines retiré dans un petit appartement que je louais pour une poignée d’euros. Le reste de l’argent que je gagnais passait de ma poche dans celle des propriétaires de night-shop. En fait d’appartement, c’était plutôt une chambre de deux mètres sur trois qui donnait sur une avenue bruyante ; je pouvais utiliser une petite douche dans le couloir et j’avais accès à une cuisine que je partageais avec les locataires du cinquième – étage que j’habitais.

         Ma fiancée m’avait demandé gentiment mais fermement, quelques semaines en amont, de quitter notre nid et de ne revenir que quand j’aurais cessé de cultiver le mythe de l’artiste maudit. Ma fiancée avait l’intention de m’attendre, bien que son jardin de patience fût bien dégarni...

         Je ne me souviens plus des détails. J’avais loué la première chambre que j’avais trouvée. Peu m’importais le confort. Je voulais boire et pour boire pas besoin de s’entourer du superflu ; un lit, une table avec des pieds en inox, une penderie branlante et des tentures d’un beige douteux qui me permettaient de m’isoler.

         J’avais envoyé un courrier aux américains, prétextant que j’étais très malade et que je devais renoncer au Messiah.

         J’étais dans le brouillard. J’avais décidé, puisque ma fiancée me le proposait, de me retrouver seul avec mes cannettes – de toute façon ma fiancée ne me parlait plus -.

         Un relent de mémoire me rappelait que j’avais bien chanté Bach et Telemann. J’avais trouvé ça triste. Ce n’était pas moi qui avait chanté mais mon double alcoolique. Un double qui n’avait peur de rien une fois qu’il avait son comptant de carburant.

         Mon fils Dylan était triste, mais il avait décidé de ne plus me voir tant que je prenais la direction du cimetière.

         - Je sais que tu dois mourir un jour papa, mais je voudrais que tu ne meures pas comme un lâche...

         Dylan n’avait que 14 ans !

         Alors, avec l’aide de ma fiancée, je me suis retrouvé seul. Je me disais que ça allait me donner un coup de fouet. Tout était rassemblé pour me donner conscience de la merde qui me collait aux talons, il suffisait de bien secouer le tout, de tourner la tête ailleurs que dans la direction des night-shop.

         Après une nuit dans cette chambre sans âme j’avais pris ma décision : je voulais arrêter de boire. Cette fois, juré, c’était la bonne ! Pas une vaine tentative, comme il y en eut des centaines, non, la vraie de vraie, mais il fallait que ma fiancée m’aide une dernière fois.

         J’ai essayé de l’appeler, mais elle ne répondit jamais. Sans doute voyait-elle mon numéro s’afficher. Finalement, elle m’envoya un sms disant : « Ne m’appelle plus. J’ai besoin de temps et toi aussi je crois. Apprends à me respecter en te respectant d’abord ! »

         J’ai tout laissé tomber et j’ai couru dans l’avenue. Après deux cents mètres, je n’avais plus de souffle. A quoi bon !

         Je suis entré dans un café et j’ai commandé une Duvel.

 

         Patrick Ringal

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