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16/03/2009

Peut-être à midi?

 peut etre a midi

      

 

   Je passais le plus clair de mon temps dans ma chambre. Je ne m’apitoyais pas sur mon sort, je réfléchissais, (quand j’avais les idées encore bien en place) et malgré cela, je ne parvenais pas à prendre une décision. J’écoutais la radio, je regardais par la fenêtre, une gorgée, j’observais les gens qui se rendaient à leur travail, qui se promenaient, une gorgée, qui ne se disaient pas bonjour. Je comptais les voitures, une nouvelle canette.

         J’essayais de prendre une décision. Je ne me souviens plus très bien. J’essayais de tomber au plus bas. Je ne méritais pas ma fiancée ni mon fils. Je ne sais plus.

         Je me foutais d’être ce que j’étais, je voulais atteindre le néant pour pouvoir sentir le froid me glacer. Combien de fois n’avais-je pas essayé d’arrêter de boire ? Des milliers de fois évidemment. J’ai cessé de boire chaque matin pendant vingt ans.

         Chaque matin, en prenant mon café, la peur me tenaillait le ventre ; quand viendra le signal ? Je buvais une deuxième tasse de café, je fumais ma deuxième cigarette, Dylan était parti à l’école, ma fiancée terminait son maquillage (elle était belle et fraîche, elle aimait son travail), puis elle venait m’embrasser en disant : je t’aime, vivement ce soir qu’on se retrouve ! (Elle rajoutait quelques fois avec une petite moue de dégout : je préfère quand tu te laves les dents avant que je t’embrasse, tu sens encore la bière !) Ma fiancée me lançait un dernier regard qui en disait long sur son envie de m’aimer à foison, puis elle balançait les fesses en signe d’appât avant de refermer la porte.

         Et moi, Placide, je trouvais que j’avais beaucoup de chances. Je buvais ma troisième tasse de café, je regardais loin, là où je ne me trouvais pas, pour tout dire, je tournais le regard vers cette zone sombre qui m’habitait depuis vingt et j’entendais ce foutu signal... Me faut une bière ! Alors je m’habillais en toute hâte, je n’attachais pas mes lacets, laver les dents ce sera pour plus tard, et je fonçais comme un trou de balle de 9 mm vers une petite surface que je savais ouverte dès huit heures du matin. J’achetais quatre Gordon, non cinq, et je refonçais, cette fois comme un cyclone avide de se charger au maximum, chez moi, heu chez nous, ..., enfin là où je pouvais boire sans être dérangé, ni vu ni connu, car c’était bien connu, Placide allait cesser de boire à midi...

 

 

       Patrick Ringal

 

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