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05/08/2009

De Colombie

 avions timbres


Ce n'est pas la suralimentation qui guette la personne que je connaissais... En terme d'avarice on ne fait pas mieux et donc ce n'est pas lui qui achètera de quoi bouffer jusqu'à se faire éclater la bedaine. Il est préservé. Les avares ne risquent jamais d'être pris au dépourvu de manquer de quelque chose … Que dis-je ! Si ! Manquer d'argent. Mais l'argent ne fait pas grossir.

Que je vous dise, je passais de temps en temps retrouver cette personne, cette bourse vide comme il se nommait, et je n'en revenais pas du degré d'imagination qu'il déployait pour ne pas dépenser de l'argent.

J'adore cette réplique de l'Avare de Molière : il ne donne pas son bonjour, il le prête ! Et bien lui ne prêtait même pas (trop grand était le risque de ne pas voir revenir la chose...). Il ne prêtait pas attention à ce qui l'entourait ni à ce que je pouvais dire ; par contre, il ne me lâchait pas d'une semelle – l'air de rien - quand je me dirigeais vers le frigo pour prendre quelque chose à manger. Je lui disais alors : pourquoi tu me suis, il n'y a rien dans ton frigo !

Je le connaissais bien et je m'amusais à lui refiler des sueurs froides :

       - Si tu allais faire les courses ?

       - Quoi, comment, il y a bien assez !

       -Non, il n'y a rien et je crève de faim.

Je venais de faire des heures de routes.

       - Écoute, il me reste une boîte de thon et je propose qu'on la mange pour fêter ta venue avec une eau bien fraîche du robinet... Tu sais que c'est de l'eau de source ? La meilleure !

Il était comme-ça. Il avait réponse à tout. Si je voulais bouffer, fallait que je lui donne un billet et lui prête ma voiture. Ce que je fis.

Il faisait des économies sur tout : une ampoule par pièce, généralement éteinte, pas de chauffage avant le gel, le grand gel, l'eau de vaisselle servait au moins trois fois, on ne pouvait pas tirer la chasse dans les toilettes avant d'avoir pissé quelques fois (quand il y avait une chasse, car je me souviens d'une époque ou la chasse d'eau était cassée et elle le resta pendant des années, trop chère à réparer), il se permettait de boire une bière de temps en temps, pas entière, l'autre moitié était pour le lendemain et il la mettait au congélateur pour conserver les bulles... Il préférait que ses enfants ne viennent pas trop souvent – gourmands, jouisseurs, dispendieux, ruineux, une honte à ses yeux -, il gardait les coquilles d'œufs et les emballages en plastique (ça pouvait toujours servir)... La liste est longue.

En revanche, il dépensait une fortune pour sa passion : les timbres postes ! Il pouvait les compter et les recompter, les empiler ou les étaler, les admirer sans qu'ils s'usent, les chérir car ils valaient de l'argent (il aimait répéter que la valeur d'un timbre le faisait jouir... - tu vois celui-ci et bien il vaut autant ! Autant ! N'est-ce pas magique, un si petit timbre qui vaut autant d'argent !).

C'était ainsi. J'ai fini par ne plus lui rendre visite et je crois que ça ne l'a pas dérangé. Je lui ai écrit une carte postale de Colombie sachant qu'il ne la lirait pas mais qu'il garderait le timbre. Ainsi, j'étais entré dans sa collection …

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 Patrick Ringal

Commentaires

Ce genre de "timbré" sera toujours plus riche que nous!!!
Je vais de ce pas, faire un stage chez lui...

Écrit par : Smap | 05/08/2009

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