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31/08/2009

Six feet under

 

Six-Feet-Under

Le soir j'aime regarder des sites cochons pendant que ma femme tricote dans le salon en regardant la télévision (surtout Jean-Pierre Foucault). Chacun son écran.

Ce n'est pas que le tricot me dérange, mais ça fait désordre dans le tableau que je m'étais peint de la vie de couple. Quand j'étais plus jeune, je croyais qu'on s'amusait en couple, qu'on découvrait pleins de secrets que nos parents ne nous avaient pas dévoilés (sans doute trop occupés a essayer de découvrir les leurs), qu'on n'avait pas assez d'une journée pour faire tout ce qu'on avait envie de faire à deux -quand je dis une journée, je pensais en réalité à une vie entière -. Je croyais que les couples n'arrêtaient pas de faire l'amour et qu'ils criaient de plaisir au moment de l'union sacrée (cela dit en passant, je n'ai jamais entendu mes parents brailler de plaisir, de n'importe quel plaisir, leur chambre était silencieuse comme une salle d'examens. Juste quelques murmures ...)

Je croyais beaucoup de choses. Et puis voilà, le temps n'a rien d'une danseuse exotique...

Nous n'aimons plus faire la chose. Nous ne nous sommes plus touchés depuis le début de l'année, je crois que nous l'avons fait le soir du réveillon, mais ma mémoire me joue des tours, surtout en ce qui concerne notre couple.

Quand on se couche on se dit bonsoir, puis chacun va dans sa direction. C'est comme qui dirait qu'on n'a plus trop envie, ou plus le courage, d'enlever le drap du dessus pour voir si le corps de l'autre peut encore nous jouer la sérénade.

Et puis un jour ma soeur nous a prêté une série qui s'appelle « Six feet under » en disant que c'est génial, super, méga déchirant ! Pourquoi pas ?

 

sixfeetunder4

 

(la suite mardi 1er septembre)

 

                   

 

 

Patrick Ringal

29/08/2009

Les commissions

 

Commissions

Aujourd'hui j'ai aidé ma grand-mère à faire ses commissions. Elle m'a demandé de l'accompagner chez « les voleurs » comme elle les appelle dans son nouveau langage. Ça veut certainement dire : grande surface ou magasin. Nous approchions de l'entrée quand elle m'a montré du doigt cette femme qui était assise sur le petit muret en face des « voleurs ». Elle nous souriait. Elle adoptait une attitude provocante qui me choquait, mais ma grand-mère ne semblait pas outrée, bien au contraire, elle s'avança vers la femme blonde aux jambes généreuses et lui dit : n'y vont que les outils de première !

Il faut vous dire que ma grand-mère a fait un AVC il y a quelques mois et qu'elle a perdu le langage que nous comprenons. Elle parle, elle parle beaucoup, mais il est impossible de la comprendre. Ma grand-mère invente des mots magiques qui ont un sens pour elle et non pour nous.

La femme a souri, puis s'est penchée en avant et a embrassé ma grand-mère sur la joue. Un gros baiser bien sonore.

Nous sommes entrés dans le magasin. Je lui ai demandé :

- Pourquoi elle t'a embrassé ?

- Oh mon chéri, ce qui ne coule pas fini est un entier baobab qui sent la lavande …

Autant dire que je ne comprenais pas.

- Tu m'excuses une minute ?

Je suis retourné vers la dame. Elle me regardait franchement. Elle n'avait pas froid aux yeux.

- Bonjour, heu … vous avez compris ce que ma grand-mère vous a dit ?

- Pas besoin de comprendre. Votre grand-mère est une femme qui a aussi souffert, elle me l'a dit, c'est tout. Il ne faut pas toujours chercher un sens logique à la vie. C'était très gentil.

- Merci, que j'ai dit.

En rejoignant ma grand-mère je me disais que les femmes se comprenaient entre elles. Oui, ma tendre grand-mère avait beaucoup souffert dans des temps très reculés. Elle ne me l'a jamais dit, mais je crois savoir qu'elle a été obligée de se prostituer pour nourrir ma mère et ma tante pendant la guerre.

Je l'ai observée de loin. Elle parlait avec une femme qui semblait comprendre ses mots. Décidément, je ferais bien d'un peu plus écouter les autres …

               Patrick Ringal


 

 

 

26/08/2009

Dans les profondeurs ...

 

25fossil

 

 

Vingt mille pieds sous la mer. Le paysage est bleuté, mystérieux, angoissant. Je voudrais sortir de cette boîte métallique qui résonne chaque fois que j'élève la voix. Il y a une sinistre sonnerie qui s'est enclenchée. Un poisson avec une tête patibulaire plaque sa bouche contre le hublot... Il va l'exploser !

Enfin, je me réveille. Je suis trempé de sueur. Normal, j'étais dans les profondeurs.

Il y a tant de réveils possibles. Prenez celui de ce camionneur qui doit reprendre la route ce matin et laisser sa femme toute seule une semaine... Pas envie de se lever. Mais alors pas du tout. Elle sait qu'il sera sur les routes, mais elle, elle fera quoi ?

Ou celui de ce condamné à une longue peine. Il n'a pas envie de se réveiller. Pourtant, c'est déjà fait. Il se tourne et se retourne sur sa couchette. Une si longue journée l'attend, à se faire chier dans cette cellule en compagnie de deux autres prisonniers, à chier devant eux, à ruminer son ennui et à les entendre se plaindre de la bouffe et dire à longueur de journée : « Fuck et fuck ta mère sale chiourme. »

Le réveil de Juju n'est pas meilleur. Elle n'a plus de café.

Celui de mon voisin est triste.

Par contre, celui du libraire de la rue Marichal est joyeux. Il a toujours aimé son métier. Il aime l'odeur du journal. Il aime servir les gens et leur donner le sentiment que rien ne vaut la lecture d'un quotidien pour se connecter au monde plutôt que l'internet. En revanche, son épouse n'aime pas le métier de son mari. Elle aurait préféré qu'il tente encore une fois sa chance comme écrivain.

Le réveil d'un embaumeur n'est pas piqué des vers !

Le réveil de Charles est douloureux pour ses rotules et celui d'un pédophile douloureux pour les enfants des parcs.

Se réveiller n'est pas donné à tout le monde, je veux dire, se réveiller sans massacrer le reste du monde parce qu'on n'est pas heureux ou qu'on a quelque chose sur le grill qu'on aurait mieux fait de faire hier. Se réveiller, c'est accepter que l'on doit mener sa barque et ne plus se laisser bercer par le chant des sirènes de la nuit.

Quant à moi, je décide de replonger dans les profondeurs, oh seulement quelques minutes..., pour retrouver mon monde silencieux.

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               Patrick Ringal