Blogs DHNET.BE
DHNET.BE | Créer un Blog | Avertir le modérateur

27/10/2009

Tempea et son image (suite)

 

miroirs2

 

Un matin, on sonna à l'entrée. Tempea s'approcha de la porte à pas de louve, ou de mouche, elle colla son oreille contre le bois mais n'entendit rien. Elle retint son souffle. Enfin une voix familière dit :

- Ma chérie, je sais que tu es là, j'ai vu ta voiture, tu veux bien m'ouvrir...

Tempea sentit son coeur bondir dans sa poitrine. C'était sa maman.

- Ouvre s'il te plaît ! Tu ne réponds pas à mes appels. Je suis inquiète. Je t'ai apporté de la soupe et quelques plats que j'ai préparés.

C'était vrai que Tempea n'avait plus répondu au téléphone et comme elle faisait un régime, ma foi, pas besoin de faire des courses. Sa mère avait laissé des messages; au moins quatre par jours.

- Dis au moins quelque chose...

Tempea se gratta les joues et murmura : laisse-moi...

Mais sa mère ne l'entendait pas de cette oreille. Elle dit qu'elle reviendrait bientôt.

Tempea retourna se coucher. Elle avait enlevé tous les miroirs et tirer les tentures. Elle ne voulait plus voir son image. Elle passait ses journées allongée dans son lit, devant la télévisions, ne regardant que des documentaires animaliers (le reste lui rappelait trop, quand elle voyait une belle femme, le temps ou tout n'était qu'insouciance et détachement). Tempea avait bien profité de sa beauté et croyait pouvoir encore en profiter de nombreuses années, elle n'avait que 30 ans, et puis les boutons étaient apparus et tout avait cessé d'exister.

Tempea la mouche. Tempea la purulente lépreuse. La galeuse. Elle rêvait à sa beauté passée. Quelques boutons et tout était terminé. La vie ne lui faisait plus de cadeau, elle qui en avait tant profité. Tempea aimait les hommes et ils le lui rendaient bien, mais maintenant elle pouvait aller se coucher sur son passé, elle n'était plus que Tempea la boutonneuse. Elle se mit à penser au voile. Elle se dit que si elle portait un voile comme les arabes, elle pourrait sortir de chez elle et continuer une vie presque normale. Mais comment vivre une vie normale quand on est voilée ? Certes, les hommes aimaient son corps, mais ils adoraient son rire franc, ses dents blanches, ses joues lisses, ses pommettes saillantes et sexys, ses cheveux ondulés. Bien avant de passer aux étages en dessous, les hommes (les nombreux hommes qu'elle avait consommés) se retournaient dans la rue parce qu'elle était belle et que ses yeux promettaient des jardins suspendus. Mais avec un voile !

Tempea entendit tout à coup qu'on tripotait à la porte. Elle se dirigea vers l'entrée. La porte s'ouvrit brusquement et un homme s'écarta laissant entrer la mère de Tempea.

- Ma chérie ! Regarde ce que tu me fais faire ! J'ai fait appel à un serrurier. Qu'est-ce qui se passe ? Pourquoi tu t'enfermes ?

Le serrurier regardait Tempea avec des yeux de mâle. Il se dit qu'il n'avait jamais vu une femme aussi belle. Elle avait bien quelques boutons sur les joues, mais ce n'était rien comparé à ce regard, à ce corps parfait, aux promesses des délices qui se dégageaient d'elle.

- Va t'habiller ! Et vous cessez de regarder ma fille comme-ça !

Tempea expliqua à sa mère les boutons et tout le bataclan. Elle pleura. Elle ragea. Elle dit que sa vie était terminée. Tempea la mouche au terminus...

- Quels boutons ?

Madame Tempea mère sortit un petit miroir de son sac et le tendit à sa fille.

Les boutons avaient presque tous disparus...

- Tu as sans doute fait une petite poussée d'acné, c'est tout, tu étais trop stressée par ton travail, tu mangeais mal, voilà tout, ce n'est pas bien grave...

C'est fou l'image que l'on a de soi. Souvent déformée, jamais réelle. Tempea remercia le bon docteur et sa pommade à la cortisone. Tempea parti d'un grand éclat de rire...

Elle plaignit les femmes voilées en sortant de chez elle le lendemain pour se rendre enfin à son travail.

Burka

 

            Patrick Ringal

 


 

Les commentaires sont fermés.