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09/12/2009

Les cassettes de Steven

 

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        Steven s’est trouvé fort dépourvu en face de ses cassettes inutilisables. Son lecteur ne fonctionnait plus et le vendeur lui avait répondu que plus aucun fabricant ne réparait ce genre d’appareil. « Il est bien vieux, très vieux et vous feriez mieux d’en acheter un nouveau, un numérique, un recorder multifonctions, ça vous coûtera moins cher. Steven a répondu : et comment je fais pour regarder les vieilles vidéos de ma famille ? « Ben j’sais pas moi monsieur, peut-être que vous devriez envisager de les sauver sur support numérique, j’dis ça, j’dis rien . . . » Steven resta un moment sans rien dire, enfin : je dois donc également changer ma vieille caméra ? « Je s’rais vous, oui monsieur. J’vous jure que vous ne trouverez plus de matériel de votre temps. »

        Steven rentra chez lui avec son vieil appareil inutilisable, foutu, périmé, provoquant à force de l’avoir bichonné tous les jours, tellement astiqué qu’il semblait neuf. Steven se sentait déprimé et périmé lui aussi. Le vendeur lui avait dit de faire recopier ses cassettes chez un spécialiste : il ne vous pompera pas trop de fric, il ne prendra pas trop de votre temps et au moins vos cassettes seront définitivement sauvées.

        Steven détestait la technologie. Pourquoi fallait-il que les hommes passent leur temps à inventer ! On n’était pas bien avant ? Au moins on avait le temps de s’habituer aux choses. On prenait la peine de profiter de la vie. Maintenant, Steven l’avait remarqué chez les jeunes (qu’il fréquentait beaucoup), on passait plus de temps à acheter de nouveaux appareils plutôt que d’utiliser les anciens.

        Numérique ! Numérique ! Ils n’avaient plus que ce mot à la bouche !

        Steven caressa le dos de ses cassettes. Elles étaient bien rangées dans sa vidéothèque, toutes numérotées. Il en avait plus de cinq cents. Comment voulez-vous que je fasse recopier tout ça !

        Steven broya du noir. Il n’y avait pas de solution. Il ne verrait jamais plus ses films et pour cause. . . Depuis vingt ans, Steven avait filmé tous les petits garçons qui étaient venus chez lui, tous les petits corps qui s’étaient glissés dans son lit, tous ces gamins qu’il embobinait avec son charabia de grand et ses récompenses promises.

 

 

              Patrick Ringal

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