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05/11/2010

Sur le trottoir

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        Je me promenais dans la rue, sur un trottoir, un espace pour chien, quand j’ai croisé une femme qui tirait un caddie rempli de bouteilles vides. Arrivé à sa hauteur, j’ai instinctivement retenu ma respiration. Il émanait d’elle une odeur chargée d’alcool et de vieux tabacs et aussi, faut le dire, une odeur d’eau stagnante, une vieille mousson qui ne serait jamais arrivée. Elle portait sa solitude sur de frêles épaules.

        Pour conjurer le mauvais sort que lui jetait mon regard fuyant, elle parlait toute seule. Je crois qu’elle s’adressait au souvenir de son chien trop tôt disparu. Cher frère et fils de mes années passées…

        C’est que je n’ai pas toujours arpenté les trottoirs à la recherche de quelques déchets, disait-elle. Mon chien me comprenait. Un peu de bouffe et il me donnait son amour. Il est resté auprès de moi quand tout a basculé, pour une histoire de fesses. J’ai refusé les avances de mon patron, alors il m’a mise à la porte. Tout tourne autour du cul. Ils appellent ça le hululement de la bitte ou le harcèlement, je ne sais plus… Maman disait que j’aguichais, enfin c’est une autre histoire.

        Mon chien s’en est allé. Trop vieux. Un cancer qui le faisait ressembler à une pelisse trouée.

 

        La femme a poursuivi sa route. J’ai eu un pincement au cœur. Je me suis surpris à remercier les chiens, que je n’aime pas, pour l’attention qu’ils portent aux déshérités de notre monde.

        J’ai enjambé une crotte fumante. Saloperie de cabot !

       

On marche sur le trottoir. On longe des façades. On croise des hommes seuls.

        Ont-ils été des cavaliers dans une autre vie ?

        Des fêlés, des fêtards, des putes de droite et des macros de gauche, des gamins qui virevoltent entre des vieux joueurs de bridge.

        On ne fait plus attention. On se bouscule un peu. On termine une relation amoureuse les mains enfoncées dans les poches pour les préserver du froid.

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        Un homme entend des voix. Il parle avec les politiques. Il s’adresse au Premier ministre, qui a une bonne tête. Que sait-il de la vie ? Pas celle des grandes écoles, avec des dorures sur de beaux diplômes, mais celle qu’il ne pourra jamais voir quand il abaisse la vitre de sa voiture, car une forêt de micros se tend vers lui.

        On se presse les uns contre les autres pour voir passer le cortège d’une princesse ou le cercueil d’une autre. Un trottoir déchiré par des ouvriers nous désoriente.

        La vie rend les uns malheureux.

        Quant aux autres, après avoir crié dans les stades, ils marchent comme des rois de métal.

        J’observe le va-et-vient de ceux qui ne m’adresseront jamais la parole. Je ne suis pas malheureux, car nous avons encore des trottoirs sur lesquels nous pourront nous croiser.

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        Patrick Ringal

 

 

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