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21/09/2010

On peut tout dire le vendredi

 

 on peut tout4.jpg       Dans ce quartier, les gens se rendent au marché le vendredi après-midi, puis se retrouvent autour d’un verre de bière. Il serait plus juste de dire : des verres de bière. Le vendredi est jour d’abandon. On peut tout manger le vendredi.

Ils mangeront des saucisses et du boudin blanc. Ils pourront se lever quand ils le voudront le lendemain matin. Les enfants regarderont la télévision et les grands s’occuperont des petits.

        « N’oublie pas de donner le biberon à ton frère ! Papa et moi avons besoin de dormir. Nous avons travaillé toute la semaine, alors faut nous foutre la paix ! Ne me regarde pas comme ça quand je te parle ! »

        Certains jouent au billard en glissant des œillades à la serveuse qui les frôle en courant d’une table à l’autre, d’autres jouent aux cartes et se racontent dans le détail les petits évènements qui ont jalonné leur semaine ; de ceci et de cela on finit par faire toute une vie.

D’autres encore regardent par la fenêtre et font des commentaires au sujet d’une voisine coiffée avec une catapulte ou au sujet de la pluie qui ne cesse pas de tomber depuis des semaines ; l’eau déborde des caniveaux et nettoie les merdes de chiens, mais n’enlève pas les chewing-gums que les jeunes jettent n’importe où, quand ce n’est pas franchement marmonner qu’il y a de plus en plus de noirs dans ce quartier.

L’Autriche a réglé le problème ! Ca ne risque pas de nous arriver, on s’est laissé manipuler aux dernières élections.

        Dans ce quartier, qui sent la bière au crépuscule, la vérité est taguée sur les murs des urinoirs : sale bougnoule ! Bicot de mes deux ! et j’en passe.

        Il n’y a pas qu’en Suisse qu’on trouve du marocain à se mettre sous la dent ou sous la barre de fer.

        On ne mange pas des produits de la mer le vendredi, ça pue trop !on peut tout1.jpg

        Dans ce quartier, qui fait partie du monde, qui en est même le centre, à en croire ce qu’en disent les habitants, l’humeur est à la beuverie, à la camaraderie entre blancs, entre chômeurs, entre nous, belges qui regardons dans la même direction. L’humeur se pare des reflets de l’audace que donnent les embruns de l’alcool. On montre du doigt celui qui ressemble à un Turc, on jure que le reste du monde veut notre perte, on ose décliner la xénophobie en des termes crus ; normal, faut déjà s’occuper des flamands et des wallons, alors les arabes, les jaunes et tous les autres, vous comprenez, que foutre ! On laisse ça aux enfants. Ils règleront les problèmes de la planète quand ils seront en âge de comprendre.

        En attendant de rentrer à la maison, les enfants jouent sous les tables et sans le savoir, enregistrent tout ce que les grands disent. C’est de la graine de bons belges qu’on prépare dans les bistrots.on peu tout2.jpg

        Remettez-moi encore une bière et de la viande aussi ! On aime bien la viande par ici le vendredi. . .

 

         Patrick Ringal

 

 

15/09/2010

Exces de plaisir

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        La rage au ventre, battant la mesure avec mon pied inactif, le volant entre les dents, comme un mors, j’attends que le feu passe enfin au vert. Je souffle. La comparaison n’est pas exagérée ; suffit de voir la buée qu’il y a dans l’habitacle. Je tourne la tête et je croise le regard d’une autre face blême, avaleuse de bitume, pressée par le temps, prête à écraser l’accélérateur pour me signifier sa politesse. Il a les yeux endormis, mais je sens dans sa mâchoire contractée une volonté de vaincre et une détermination à ne pas se laisser dépasser. Je ne lui adresse pas un signe.

        Ici, c’est chacun pour soi. Il y va de ma santé, n’est-il pas ?

        J’aime ma carrosserie. Je ne me suis pas lavé les dents ce matin, mais j’ai pris le temps de frotter une saleté de salissure de pigeon qui s’étalait sur le capot du moteur.

        Ma carrosserie est ma seconde peau. Je la lave tous les dimanches et même les mercredis.

        J’ai tout ce qu’il me faut ; du lecteur de CD et mp3 au système de navigation par satellites. Je suis le maître à bord. Personne pour m’emmerder ! L’environnement ? Moi j’aime le calme et la sécurité de ma bagnole, alors l’environnement . . .

        Les feux de signalisations seront bientôt pour nous. J’ai mes petits repères : quand celui des piétons devient rouge, je compte jusqu’à sept et à moi l’artère dégagée !

Ca y est ! Mes battements de cœur s’accélèrent. Ma bagnole, ma chérie, ma sweety, ça va être à toi… J’enfonce l’accélérateur une seconde avant que la liberté ne nous soit rendue. Je bondis. Ma victoire est éclatante. L’autre chandelle est clouée vingt mètres derrière-moi. Je l’observe dans mon rétroviseur et je vois qu’il postillonne  sur le pare-brise. Comme c’est dérangeant ! Il me fait penser à un homme se noyant dans un aquarium.

Maintenant, si je grimpe jusqu’à 120 km, je peux passer de justesse le feu suivant.

Y a pas à dire, mais je suis heureux. Peut m’en chaut ce que diffuse la radio, le monde est derrière-moi, avec l’autre brandon (1).exces de plaisir1.jpg

Je jubile. Je zigzague. Je klaxonne. J’existe. Mon sang est régénéré par l’air conditionné. Rien de mieux que de traverser la ville à tout berzingue pour fouetter mes neurones. Mon patron sera content de moi. Je vais encore arriver avec dix minutes d’avance.

Ma femme, en revanche, risque de la trouver mauvaise. Je ne crois pas me souvenir lui avoir dit au revoir. Il faut me comprendre, j’étais obsédé par l’affront que m’avait fait ce volatile en crottant sur ma puce.

J’ai hâte d’être ce soir pour conduire ma pussy sur l’autoroute après avoir bu quelques apéros à la santé de tous ceux qui ne m’auront pas rattrapé. Le code de la route appartient à ceux qui le rendent meilleur. Je n’ai jamais eu d’accident et je jure que je n’en aurai jamais ! Promis, je suis un trop bon conducteur. Quand j’ai l’esprit dans le vague, c’est ma bagnole qui prend le relais ; elle connaît les règles, elle conduit aussi bien que moi et ce n’est pas ces associations de parents d’enfants écrasés qui me feront changer d’avis.

On dit de moi que je suis un cinglé et que je mérite de finir mes jours en prison ?

Je les empapaoute. Ils ne connaissent rien aux plaisirs de la vie.

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   Patrick Ringal

 

 



[1]              Débris enflammé.

08/09/2010

Yo, Bart !

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        Ca dégaze après le Gordel. C’est le bordel ! Zeg Bart, les francophones sont prêts pour la séparation ! Ils n’ont plus peur. Yo, yo, yo, Bart ! Calme hein ! Tu dis que tu représentes 80 pour cent des flamands, mais on n’est pas 80 pour cent à vouloir la séparation ! Tu déconnes ou quoi ! Tu penses avec ton cul ou quoi ! Ou tu penses en latin ! Yo, yo, Bart, le latin est une langue morte, hein !! Qui c’est qui va venir dans mon bistrot à la côte si on se sépare, hein ? Yo, Bart ! Ou visiter le Zoute ? Ceux qui parlent flamand, latin et grec ?

        Tu crois que les francophones pensent avec leur rectum ? Yo, Bart ! Arrête de bouffer des gaufres. Ce sont les flamands qui ont des prêtres, des évêques et même un cardinal pédophiles ! Et qu’est-ce qu’ils font tous ces gens avec le rectum ?

        Les Wallons sont pas des cons ! Ils ne disent pas ça pour la galerie. Ils n’ont plus peur. Ils finissent par te prendre au sérieux avec ton séparatisme, mais moi je ne te prenais pas au sérieux quand j’ai voté pour toi. . .

        Yo, Bart ! Les flamingants avaient l’air un peu butor (je ne connais pas la racine latine de ce mot) en tournant autour de Bruxelles comme des loups habillés de jaune, mais Bruxelles est francophone, t’as compris ça Bart ! On n’aura jamais Bruxelles, jamais ! A moins de faire la guerre ! Dis, tu veux pas faire la guerre tout de même ? Rassure-moi. . . Dis, tu vas pas nous foutre dans la calamité, hein ! Faut cesser de croire qu’on est les plus forts. C’est deux contre un. Les francophones se préparent et ils vont vite. . .

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        Tu veux devenir Roi de Flandre ou quoi ! Ou Empereur. . . Et on fera des jeux flamands ? Yo, Bart, j’voudrais soumettre ceci à ton cul pour qu'il y réfléchisse : tu crois qu’un musulman de Flandre ne fait pas le même ramadan qu’un musulman de Bruxelles ou de Wallonie ? Réponds-moi dans la langue que tu veux, mais pas en latin. . .

 

         Patrick Ringal