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15/01/2010

Courageux, mais . . .

 

dent

 

 

           Mon corps est momentanément inaccessible. Je suis en maintenance. Ce n’est pas une révision, c’est une punition. Je suis modifié jusqu’à demain matin. J’ai une rage de dent. Une seule dent et tout est foutu. Une dent fidèle depuis ma naissance et elle me laisse sur le carreau, sur la glace. J’ai mal ! J’ai mal ! Vous entendez ! Aaah si j’avais écouté ma maman, j’aurais été chez le dentiste bien plus tôt. C’est toujours ce qu’on se dit. De même qu’on implore le Très Haut pour la première fois, mais je crois qu’il a assez de boulot en Haïti.

        J’abandonnerais bien cette dent à la souris pour qu’elle m’en débarrasse ; et si au passage elle pouvait me donner un rendez-vous chez un dentiste tout de suite . . .

        Je capitule. Je succombe. Je veux être incinéré. Je suis très courageux, je suis même le plus courageux de ma rue, mais pas aujourd’hui.

        J’ai mal à une dent. Que ceux qui ne connaissent pas cette douleur prennent une foreuse et fore là où vous savez, ça fait le même mal !

        Allez, à demain !

        J’espère . . .

 

 

             Patrick Ringal

14/12/2009

Le vieux singe

déchets

 

 

        C’est comme pour la planète. Maintenant faut réparer. Même si la montée des eaux en Flandres ou en Papouasie ne nous touche pas vraiment ici, nous qui sommes sur les hauteurs, même si la faim et la soif dans le monde ne nous concerne pas, nous qui nous rendons tous les jours dans notre super supermarché, même si la couche d’ozone c’est très haut et le niveau de CO2 très abstrait, et bien il faut réparer. Il n’y a pas d’autre chemin que le chemin vert, le chemin vers un mieux être pour les générations futures.

        Tenez, moi j’ai 90 ans, figurez-vous que je trie mes poubelles. Pourtant, j’en ai jeté des ordures dans ma vie sans les trier ! Je prenais même un malin plaisir à jeter tout ce que je pouvais par la fenêtre de ma voiture (une bonne vieille Volvo, bien puante, mais oh combien confortable), je jetais tout, de la bouteille de pinard au sac rempli de toutes les saloperies qui traînaient chez moi. Je ne cache pas qu’un jour j’ai même voulu jeter ma femme par la fenêtre tellement elle m’emmerdait, mais je me suis retenu. C’est elle qui a fini par me jeter en dehors de chez nous, oh il y a des années de ça. Depuis, j’ai appris à vivre seul. J’ai appris à vivre pour moi et rien que pour moi. Alors je vous le dis, c’est un vieux singe qui parle, apprenez à faire la grimace. Faut réparer.

        Je pense à mes arrières, arrières petits-enfants. Qu’une fois dans ma vie je sois un peu généreux. J’ai une tête de Saint-Nicolas, je peux bien leur faire ce cadeau, non . . .

 

 

            Patrick Ringal

 

 

 

09/12/2009

Les cassettes de Steven

 

cassettes1

 

 

        Steven s’est trouvé fort dépourvu en face de ses cassettes inutilisables. Son lecteur ne fonctionnait plus et le vendeur lui avait répondu que plus aucun fabricant ne réparait ce genre d’appareil. « Il est bien vieux, très vieux et vous feriez mieux d’en acheter un nouveau, un numérique, un recorder multifonctions, ça vous coûtera moins cher. Steven a répondu : et comment je fais pour regarder les vieilles vidéos de ma famille ? « Ben j’sais pas moi monsieur, peut-être que vous devriez envisager de les sauver sur support numérique, j’dis ça, j’dis rien . . . » Steven resta un moment sans rien dire, enfin : je dois donc également changer ma vieille caméra ? « Je s’rais vous, oui monsieur. J’vous jure que vous ne trouverez plus de matériel de votre temps. »

        Steven rentra chez lui avec son vieil appareil inutilisable, foutu, périmé, provoquant à force de l’avoir bichonné tous les jours, tellement astiqué qu’il semblait neuf. Steven se sentait déprimé et périmé lui aussi. Le vendeur lui avait dit de faire recopier ses cassettes chez un spécialiste : il ne vous pompera pas trop de fric, il ne prendra pas trop de votre temps et au moins vos cassettes seront définitivement sauvées.

        Steven détestait la technologie. Pourquoi fallait-il que les hommes passent leur temps à inventer ! On n’était pas bien avant ? Au moins on avait le temps de s’habituer aux choses. On prenait la peine de profiter de la vie. Maintenant, Steven l’avait remarqué chez les jeunes (qu’il fréquentait beaucoup), on passait plus de temps à acheter de nouveaux appareils plutôt que d’utiliser les anciens.

        Numérique ! Numérique ! Ils n’avaient plus que ce mot à la bouche !

        Steven caressa le dos de ses cassettes. Elles étaient bien rangées dans sa vidéothèque, toutes numérotées. Il en avait plus de cinq cents. Comment voulez-vous que je fasse recopier tout ça !

        Steven broya du noir. Il n’y avait pas de solution. Il ne verrait jamais plus ses films et pour cause. . . Depuis vingt ans, Steven avait filmé tous les petits garçons qui étaient venus chez lui, tous les petits corps qui s’étaient glissés dans son lit, tous ces gamins qu’il embobinait avec son charabia de grand et ses récompenses promises.

 

 

              Patrick Ringal