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04/11/2007

Placide et l'employé communal

 

 

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         Voilà, je suis fin prêt ! Je viens de me garer devant la salle de répétition. Je souffle un peu. Fin prêt, oui, sauf que je n’ai pas de voix. Mon mal de gorge n’a fait qu’empirer. J’ai passé une horrible nuit (une nuit de raclements, de déglutitions, une nuit à me relever pour aller boire une tisane de thym avec du miel et du citron, une nuit sans cauchemars mais aussi sans sommeil). 

         Au petit matin, j’étais déjà entrain de chanter mentalement mes arias et mes récitatifs. Je ne trouvais plus les notes, ni mes entrées, ni mon fils Dylan, d’habitude si prompt à se lever tôt pour jouir de la vie. Il est chez sa mère Placide. Ah oui, j’avais oublié !

         Est-ce qu’il n’aurait pas été plus simple d’être employé communal dans un cimetière ? Ceux-là doivent bien dormir. Ils vivent au grand air, dans des lieux calmes. Ils peuvent avoir la gueule de bois, personne ne s’en plaindra. Quand on enterre un proche on ne fait pas attention aux autres et encore moins à l’employé communal. C’est vrai qu’il y a pas mal de boulot le 1er novembre, mais qu’à cela ne tienne, dès le 02 ça se calme. Et puis, une fois qu’il est sous terre, le défunt vous foutra la paix. Ce n’est pas lui qui ira rapporter à la direction que le bois est pourri ou qu’il y a des infiltrations d’eau, ni qu’on fait une pause pas tout à fait réglementaire pour se prendre une bonne Maes.  Pas de réclamations ! Peinard ! Et surtout, pas de soucis si on n’a plus de voix... 

         Alors que moi, j’ai choisi la musique et le chant. J’ai choisi de griller ma moelle à toute vapeur tellement j’ai le trac.

         Fin prêt pour entrer dans l’arène et me mesurer à l’orchestre et au chef, mais pas certain que je m’en tirerais sans bavures. Il y a toujours un couac. Bah ! Ce n’est qu’une répétition Placide ! Je sais... Laissez-moi vous dire que si on chante mal à une répétition, on a déjà brûlé une bonne partie de son crédit, même si le concert est dans six jours. 

         Allez, faut que j’y aille.

         J’espère que je n’en sortirai pas les pieds devants. Et si ça arrive, et bien mon employé communal s’occupera de moi... Et c’est promis, on boira une bonne Maes ensemble !   

 

 

         Patrick Ringal

  cequejevois@hotmail.com

  

01/11/2007

Le repas de Placide

 

 

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         Midi tapante, ils sonnent ! C’est nous, crie Hector par l’interphone. Je leur ouvre. Ma fiancée termine son maquillage dans la salle de bain.

         - Ils sont là mon amour ! 

         - J’arrive, j’arrive.

         J’attends Hector et Hermione sur le palier. Nous habitons au deuxième étage. Les voilà. Beau-papa en tête. 

         - Ah Placide ! J’ai apporté de quoi faire la fête ! Un plein panier de Gordon et de Duvel !

         - C’est que ... 

         - Ta, ta, ta ! Tu verras, bien frappées et mousseuses, ça vous retape un homme ! Vive la bière !

         - Hector, je dois résister. Je ne bois plus. Je ne veux plus boire. 

         - Ta, ta, ta ! Allez, entrons, nous verrons bien !

         Je les laisse entrer. En passant devant moi, Hector me fait un clin d’œil complice. J’embrasse Hermione et ses joues sèches. Comme à son habitude, elle ne dit pas un mot. Hermione ; belle-maman timide et effacée. 

         Embrassade avec ma fiancée ; tu n’aurais pas un peu grossi toi ? On se raconte quelques trucs des jours passés. Hector parcourt du regard l’appartement, puis se dirige directement vers les toilettes. Hermione s’assoit sur une chaise sans enlever son manteau. On lui dit qu’il fait assez chaud mais elle veut garder son manteau quelques minutes encore, histoire de se sentir à l’aise.

         Hector revient tout léger des toilettes. 

         - Et si on buvait quelque chose ?

         Ma fiancée me regarde l’air de dire : ça ira ? 

         Mais oui !

         Le temps s’écoule lentement. J’essaye de ne pas penser que je ne bois plus. J’essaye de me dire que tout compte fait ce n’est pas si grave. Il y a pire. J’observe Hector, qui en est déjà (après le porto et la vodka) à sa deuxième Gordon et à sa troisième blague sur les flamands, et je me dis que je préfère être sobre, même si ça s’accompagne d’un léger ennui. 

         Hector a bien essayé de me convaincre, mais je lui ai fermement dit que je ne buvais plus. Faut toujours se battre pour faire quelque chose que les autres rêveraient de faire !

         - Ta, ta, ta ! qu’il a dit dépité.

         Finalement, ne pas boire, c’est retrouver une liberté et une fierté. Oui, c’est ça, surtout de la fierté. Et puis, je dois chanter demain, alors vaut mieux garder toutes ses forces. L’alcool donne un sentiment d’impunité, d’audace, de grande gueule, de joie de vivre avant de basculer vers la gueule de bois, la barre et le sentiment qu’on est on fond de la mine et que le temps de remonter, ben, y aura quelques heures qui se seront égrenées.

 

 

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         Nous mangeons enfin. Ca avance. Au moins, Hector se tait pendant qu’il avale. Mais qu’est-ce qu’il peut faire comme potin avec ses mâchoires ! Hermione lui donne quelques fois un petit coup de coude, mais il ne le sent pas. Elle sourit tristement à sa fille ; tu connais ton père ... Hector doit remplir son ventre (sa mappemonde). Je me demande où c’est qu’il met toute cette bouffe, déjà que la mappemonde est bien remplie d’un océan de bière ! 

         J’ai tout de même une petite bête sur le bord de l’épaule (je ne sais pas à quoi elle ressemble, mais elle mord de temps en temps) qui me glisse à l’oreille : allez, prends-en une, juste une, ça ne peut pas faire de tort, et puis tu t’amuseras. Boire un petit coup pour faire la fête !

         Non ! Regarde mon beau-papa. Il n’a plus l’air de s’amuser vraiment. Il vire au cramoisi. Il fait des renvois et on sent que la nausée n’est pas loin. On sent aussi qu’il va bientôt virer de cap et prendre celui de la bêtise. Le pire, c’est qu’il voudra conduire pour rentrer et qu’il faudra se battre avec lui (façon de parler) pour qu’il laisse sa femme prendre le volant. On entendra des : mais je sais ce que je fais, je n’ai pas trop bu, j’ai l’habitude. Et puis ça basculera vers les : foutez-moi la paix, vous me faites chier, vous ne savez pas ce que vous dites ! Et ça se terminera demain par un coup de téléphone pour s’excuser. 

         Voilà. Tout ça pour rien. Juste boire.

         En fin d’après-midi, après leur départ, j’ai un solide moment d’extase ! Oui, oui. Je me dis : à quoi ça sert de boire ? Juste se péter les neurones ?

         Et là, en fin d’après-midi, je suis vraiment heureux. Même si je dois chanter demain et que j’ai un peu le trac.

 

 

 

 

 

         Patrick Ringal

 

  cequejevois@hotmail.com

 

 

21/10/2007

Placide attend Hector

 

 

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         J’ai un peu mal de gorge ce matin ! Fallait s’y attendre... C’est demain que je dois chanter ma première répétition du Bach et du Telemann avec orchestre. Je n’ai pas mal au genou, non, ni au ventre, non, encore moins à un doigt, comme un pianiste, encore non, j’ai mal à la gorge, justement là où se trouve le secret de la voix. Peut-être qu’une bonne bière chaude avec un peu de thym me ferait du bien ! Mais non Placide ! Tu sais bien que tu ne bois plus... Depuis combien de temps déjà ? Ah oui, une semaine, depuis ce fameux week-end avec ta fiancée dans un petit village lointain ! 

         Je dois dire que je n’ai pas trop pensé à l’alcool ces quelques jours ; juste toutes les trois minutes ! Le reste du temps, je pouvais penser à autre chose. C’est déjà pas mal ! Toutes les trois minutes donc, la pensée de l’arrêt de l’alcool revenait, lancinante, entêtante, comme pour me rappeler qu’il ne suffit pas d’arrêter de boire mais qu’il faut en plus ne pas recommencer...

         Placide, tu n’es pas heureux ? La vie est belle sans bières ...

         Oui, enfin c’est une façon de voir les choses, parce que pour l’instant ça ne m’apporte pas grand chose. Ca ne me dérangeait pas de ronfler pendant la nuit, puisque je dormais. J’étais heureux dans mon état semi-conscient et débonnaire. Je n’avais pas peur de me retrouver tout seul. Moi et mes compagnes les cannettes ont s’entendaient bien. Je n’avais pas les lendemains qui déraillaient. Seulement voilà, ma fiancée et mon fils Dylan ne m’aimaient pas quand je me prenais pour Godefroid de Bouillon tellement j’avais bu ! Ils ne me reconnaissaient plus. Ils me disaient qu’ils n’avaient pas choisi de vivre avec un porte-drapeau de l’armée Napoléonienne ou un gigolo des salles de bal pour quatrième et cinquième âge ... Tous ces personnages que je m’inventais pour fuir le réel !

 

 

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         Je dois bien avouer, oui, que je ne vivais plus. 

         Bon, c’est déjà ça, je sais que je vis.

         Et ce midi (malgré mon mal de gorge) je vais être le vrai Placide avec mes futurs beaux-parents ! Et oui, c’est dimanche, et quelque fois le dimanche faut se collecter des cartons rouges. Oh c’est pas que ça m’ennuie, je les aime bien, ils sont gentils et serviables, seulement je ne bois plus et Hector mon beau-père est un gros jouisseur de bières fortes ! Il commence d’abord par quelques verres de Porto (tiens est-ce qu’on en a racheté ?), puis un p’tit dé de vodka, avant d’attaquer la Gordon jaune. Il devient tout rouge et c’est parti pour les blagues ! Banal, vous me direz ? Oui, sauf que pour rigoler aux blagues d’Hector, faut avoir bu pas mal de Gordon, jaune, rouge ou de n’importe quelle couleur ! 

         N’y pensons pas. Il n’est que huit heures. Encore quatre heures pour m’y préparer. 

         Je bois du café. Je vais fumer sur la terrasse. Dylan dort toujours et ma fiancée prend sa douche. (Elle aime bien se lever tôt quand ses parents viennent chez nous, je ne sais pas pourquoi ?)

         Je sais ce que je vais faire. Je vais aller me promener et marcher très vite. Bien respirer, me remplir d’énergie et de santé (pas oublier de mettre une écharpe), écarter les bras et me sentir libre ! Je ne bois plus ! Faut s’en convaincre ! Et surtout ne pas passer devant un bistrot déjà ouvert !

 

 

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          Patrick Ringal

 

  cequejevois@hotmail.com