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20/10/2007

Placide dans le grand Nord

 

 

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         Que je vous dise, tout va bien. Depuis quelques jours je travaille mon chant comme jamais. C’est que la peur m’habite. L’angoisse quoi. Le trac. 

         Je connais bien le Bach et le Telemann. Il n’y aura pas de problème. Et puis, j’ai encore deux jours avant la première répétition. Deux fois dormir. Enfin, deux fois se retourner dans le lit en chantant mentalement les arias et les récitatifs. Ma fiancée est un peu énervée, alors je lui fais plus de câlins que d’habitude. Mais ça l’énerve un tantinet parce qu’elle voudrait dormir... Bon, bon, ça va, je vais dans le divan.

         Et me voilà seul dans l’obscurité et le grand vide du salon, ruminant mes arias et mes pensées. C’est fou ce qu’une pièce comme le salon est étrange la nuit. Un salon n’est pas fait pour dormir. Il doit y avoir de la lumière, du bruit, une télé qui fonctionne, je ne sais pas, des amis ou mon fils qui me parle. Mais là, tout seul, c’est comme être dans le grand Nord. D’ailleurs, j’entends des ours blancs qui chassent le phoque.

 

 

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         D’où je suis (dans le divan), je peux voir le bac coulissant dans lequel je mettais mes bières. Je sais qu’il y en a une. Je l’ai laissée exprès, pour me lancer un défi ; si t’arrêtes de boire, tu dois être capable de regarder une canette de bière sans trembler, non ! Que diable ! Et bien tiens, justement le diable n’est pas loin. Il est au-dessus de mon épaule et il me souffle qu’une petite bière me détendrait, qu’elle m’aiderait à dormir, qu’elle me transporterait doucement et tendrement au pays de « Bonne nuit les petits » ! Foutaise ! que je lui crie... 

         Le Bach et le Telemann ça va, mais le Haendel ma foi, pas trop. Oh la la ! plus que quatre semaines avant de rejoindre la Hollande et les américains !

         Que je vous dise ; un oratorio comme le Messie est déjà en soi une grande œuvre, complexe, belle et qui demande de grands chanteurs. La basse par exemple, moi, a quelques airs virtuoses, et en temps normal on est bien content d’avoir la partition en main, d’être tout près du chef d’orchestre, de se tenir bien campé sur ses jambes, comme un marin à la proue du navire, et de chanter. Que chanter ! Alors qu’avec les américains, va falloir connaître par cœur, va falloir jouer, courir et tutti. Il y a de la surprise dans l’air. Je ne sais pas ce qu’ils vont me demander, mais je sais que ce ne sera pas du pipeau ! Va y avoir des vagues ! Ca je vous le dis ! 

         Tu dois dormir Placide. La voix n’aime pas les insomnies. Elle a besoin d’être bichonnée. Bon, à demain !

         Là dessus, ma fiancée vient me prendre par la main et m’emmène dans le lit. C’est tout de même mieux que de dormir dans un igloo dans le grand Nord !

 

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         Patrick Ringal

 cequejevois@hotmail.com

  

09/10/2007

Placide rechute

 

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         Alors, il faut bien se l’avouer, tu as craqué Placide. Tu as cru que tu serais plus fort que le capitaine, rien à faire, t’as sauté sans gilet de sauvetage ! Je te l’avais dit ! Il ne fallait surtout pas partir en week-end avec ta fiancée ! Je t’avais prévenu. Mais tu n’as voulu en faire qu’à ta tête et c’est ton gosier qui a parlé ! Est-ce que c’était une bonne idée de vouloir fêter ta première semaine sans alcool... Tu es parti comme ça, sans bouée, au beau milieu de l’océan ! Paf ! 

         Samedi matin ; départ pour un petit village dans les Ardennes. J’ai loué une chambre d’hôte. On ira se promener, on ira respirer le grand air et boire des cafés aux terrasses. Mon fils est chez Vadim jusqu’à lundi. Profitons du temps que nous avons à deux.

         Samedi midi ; arrivée dans le lieu. La chambre est belle. Il y a même une télévision. La fenêtre de notre chambre donne sur un beau jardin et un petit étang. Je frémis d’impatience à l’idée de passer ces deux jours dans une nouvelle vie sans mes compagnes les bières. (Pour la première fois depuis ... disons, ben tiens la naissance de Dylan, je n’ai pas rempli le coffre de ma voiture avec des cartons de Jupiler !) 

         Samedi après-midi ; nous nous promenons. Nous visitons le village, quelques fermes, des cours d’eaux, un vieux chêne. Nous buvons effectivement des cafés à quelques terrasses en plein soleil. Que du bonheur !

         Samedi avant le repas ; on se couche et ... (tirez la tenture, allez, tous le monde dehors !) 

         Samedi soir ; nous sommes au restaurant. Nous avons encore les yeux remplis de l’extase de l’avant repas et le corps vidé par nos élans. Ma fiancée me demande si je veux qu’elle boive de l’eau ? Non, non, ça va bien, je n’ai nullement l’intention de craquer... Ma fiancée commande un pichet de vin du patron et moi un jus quelconque (trop sucré). Nous mangeons l’entrée en parlant de tout et de rien (c’est que nous avons toujours quelque chose à nous dire).

         Et puis, d’un seul coup, bien visé, en plein dans le mille, mes défenses se sont envolées ! Je me suis levé – je vais aux toilettes, et j’ai été directement au bar commander une bière. Je l’ai bue d’un trait, j’ai poussé un aaaah satisfait, j’en ai repris une deuxième, re-aaaah, et une troisième et je suis revenu à la table. 

         - Juste une mon amour, une pour fêter notre week-end !

         Ma fiancée a baissé la tête et n’a rien dit. 

         En fait, nous n’avons plus rien dit.

         - Je vais aux toilettes. 

         Retour au bar ; quatre, cinq, six à toute vitesse.

         Ma fiancée a pris le volant et à ramené Placide à la chambre d’hôte. Il a ronflé comme au bon vieux temps. 

         Je me suis réveillé avec le ventre gonflé et l’envie de fuir loin de moi. Mais je ne pouvais pas laisser ma fiancée en plein océan.

         Alors je me suis juré que je ramerais jusqu’au rivage en entraînant ma belle avec moi. Que plus jamais je ne toucherais à l’alcool ! Même pour une fois. Même si mon double me disait qu’une seule bière ce n’est rien... Tu parles ! 

         Faut pas tout foutre en l’air. C’est maintenant ou jamais. Et n’oublie pas que tes concerts approchent.

         Juré !

 

 

 

 

 

 

         Patrick Ringal

 

  cequejevois@hotmail.com

 

 

02/10/2007

Placide (première semaine)

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         Après une semaine sans bière, je suis aussi sec qu’un roseau dans le désert, vous savez, là où avant il y avait des fleuves. Et ben oui, même les fleuves disparaissent, à cause du réchauffement.

         Pour tout dire, moi je ne crève pas de chaud, que du contraire ; j’ai les mains et les pieds gelés depuis que je n’ai plus mon apport calorique en houblon. 

         Que faire ? Nous sommes en automne et ça ne fera que s’aggraver. Après l’automne, l’hiver.

         Pluie et froid en octobre, noël en décembre, dit le dicton Carolo. 

         Que faire ?

         Tiens, je vais repeindre un mur du salon. Ca va m’occuper. 

         Je vais chercher un pinceau et un pot de peinture rouille dans la remise et je commence à étendre la couleur. Je siffle, comme un bon peintre en bâtiment. J’espère que ça plaira à ma fiancée ? Je branche la radio et j’entends que Leterme (monsieur sans charisme) est revenu au devant de la scène pour dire des conneries. On a beau lui dire (dans son parti) de la fermer, parce qu’il n’a pas le talent d’un communicateur, rien à faire, il aime montrer que la Flandre est meilleure que le reste de la Belgique. C’est plus fort que lui.

         Monsieur sans charisme (pas plus qu’un merlan de la mer du Nord) s’est juré de rester bien calfeutré derrière les vitres de sa voiture ou de son bureau. Mais on voit qu’il aimerait tellement l’ouvrir (sa fenêtre ou son four à micro-ondes – avant on disait : « son moulin à paroles » - ) ...

 

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          Le Bach avance bien, par contre le Telemann ne veut pas se mettre en bouche et encore moins dans le larynx (c’est là qu’est la voix, dans le secret de ce cartilage, la chambre forte des cordes vocales, la magie quoi !). Hé Placide ! Le concert est dans deux semaines, et la première répétition dans une semaine ! Faut vraiment monter au front. Et n’oublie pas que tu as le Messiah de Haendel dans cinq semaines !

         Je fais des cauchemars la nuit. Je rêve que j’arrive face à l’orchestre, le chef me serre la main, me présente (est-il encore nécessaire de présenter Placide ?), puis dit que c’est un grand honneur de travailler avec moi. Il lève sa baguette, l’orchestre s’emballe, majestueux, et moi je ne connais pas la partition ... 

         Pouououo .... Suées. Réveil en transe. Je prends ma fiancée dans mes bras (qui se demande ce que je lui veux au beau milieu de la nuit) et je me rassure en me disant qu’il reste 14 jours, non 7 !

         Le mur est peint en une heure. 

         Que faire ?

         Et si j’allais faire le tour du pâté de maisons, en marchant lentement, en respirant comme une basse d’opéra, en examinant pour une fois les détails de ma rue ou je ne sais quoi ! 

         On fait du n’importe quoi quand on cesse de boire. Du n’importe quoi pour faire avancer le temps, alors qu’il faudrait qu’il n’avance pas trop vite.

         Je tourne en rond. Comme un moulin. 

         Un peu comme le formateur sans charisme.

 

 

 

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         Patrick Ringal

 

  cequejevois@hotmail.com