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27/09/2007

Placide (deuxième jour)

 

 

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        Je n’ai aucune envie de me lever ce matin. Je n’ai même pas envie de penser. Ma fiancée est partie travailler et mon fils est à l’école. J’ai encore la nausée de tout le café bu hier ! C’est que ça déménage dans le tourbillon de mes intestins. Et puis, bonjour les dégâts pendant la nuit... J’ai eu tout le loisir de compter et recompter les plis que faisaient les draps ! 

         Je dois chanter.

         Allez ! Un petit effort Placide ! 

         Je me rends alors compte que je commence mon deuxième jour sans alcool ! Déjà un jour de passé ! Finalement, ça n’a pas été plus difficile que de marcher pendant cinquante kilomètres dans un paysage aride avec un gros sac sur le dos (un gros sac rempli de cannettes de bières) !

         Déjà le deuxième jour ! Donc, ce soir je peux fêter ça ! Non ? Ca ne m’est pas arrivé depuis trente ans ! 

         Non, Placide, plus un verre !

         Bon... Putain... Re-cinquante kilomètres ! 

         Neuf heures et puis dix heures passent sans que rien ne se passe.

         A onze heures je décide de déchiffrer le Bach. Je me mets au piano et je commence. Les notes prennent la forme (comme dans Tintin) de bouteille de vin.

          Je tremble aussi. Mais bon, il paraît que c’est normal. Dans deux ou trois cents kilomètres il n’en paraîtra plus rien. Tu parles ! En attendant, je me cramponne le ventre. Comment tu veux chanter dans ces conditions !

         Je me lève et je commence à faire ma technique. La voix est encore plus dure. J’ai un peu trop forcé hier. C’est un muscle Placide, il faut le ménager, il faut y aller en douceur. Alors, je fais. 

         Tout doux. Un petit ronron de matou.

         Le moral renvient lentement. Je m’éclaircis les idées. La respiration me fait du bien. Je me tiens bien droit (ce que je n’ai plus fait depuis des mois, prostré que j’étais sur mon pauvre sort...). 

         Le Bach finit par entrer. La ligne mélodique coule déjà mieux. Au bout de deux heures, je suis heureux, tellement heureux que j’ai envie de boire !

         Oui, boire ! Comment être heureux sans boire ?

         Je vais me recoucher et je tire les draps au-dessus de ma tête. Je ne veux plus rien savoir.

 

 

 

 

          Patrick Ringal

 

  cequejevois@hotmail.com

 

 

25/09/2007

Placide (premier jour, huit heures et un peu plus)

 

 

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         Je me sers mon café (avec quelques biscuits, histoire de déjeuner) et je vais fumer sur la terrasse. Un moment de grâce. La ville sent bon. Elle est calme. J’aime être seul. 

         - Papa ! Je peux aller chez Vadim aujourd’hui ?

         - T’es déjà debout toi ! Bonjour tout de même ! Avant de parler, les êtres humains se disent bonjour, tu sais ça ? 

         - Ouuuui !

         Il m’embrasse. Ses joues sont encore toutes chaudes. C’est vrai que je lui avais déjà fait ce sermon, mais mon fils est dans sa bulle du matin. 

         - Tu veux aller chez Vadim maintenant ?

         - Ben, juste le temps de me laver les dents. 

         - Et il sera réveillé ?

         - Oui, on a décidé ça hier soir. 

         - Hier soir ?

         - Ben oui, il est passé, mais tu dormais déjà, et tu sentais fort la bière ! 

         Voilà, si c’est pas un signe ça ! Je dois arrêter de boire.

         Mais pas de chanter ! Nom de Dieu ! 

         - Ok, va chez Vadim.

         - Merci papa ! 

         Ni une, ni deux, il disparaît. C’est beau la vie des enfants. C’est du maintenant et jamais. Du « Carpe diem » concentré.

        

         Huit heures. J’ai déjà bu quatre tasses de café. Je me suis lavé les dents. J’ai tourné en rond dans l’appartement. J’ai été voir si ma fiancée se réveillait, mais elle était encore avec les nains de jardin qui n’apparaissent que la nuit.

 

 

 

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         Autant mettre à jour le blog. Juste les dates pour aujourd’hui. Je dois chanter.

         Je prends la partition de Telemann et je commence à la déchiffrer tout doucement au piano. J’ai trois semaines, pas de panique... Mais c’est qu’il y a beaucoup de vocalises. Et en plus ça monte et ça descend comme à la foire du Midi.

 

 

 

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         Je retourne dans la chambre. Ma fiancée sourit dans son sommeil. Elle pense à moi ou elle joue avec les nains ? 

         Tant pis.

         Deux mois que je n’ai plus chanté. Je suis pourtant un chanteur d’opéra et je ferais bien de faire de la technique. Je commence. 

         Je fais des gammes sur AAAAAAA. La voix est dure, endormie, comme après une beuverie (ben tiens !). Je continue. Je ne parviens pas à monter très haut, par contre je descends très bas... Courage Placide.

         Je me suis entraîné pendant une heure. La voix n’était pas belle, mais elle était là. Ouf ! 

         Ma fiancée s’est levée, chiffonnée, tellement jolie avec sa moue boudeuse mais joyeuse (Placide chante enfin !).

         Il est 9h30 et ma journée est terminée... 

         Ce que j’ai envie de boire ! J’en ai déjà marre du café !

            Patrick Ringal

 

    cequejevois@hotmail.com

  

24/09/2007

Placide (premier jour, sept heures)

 

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         Je m’appelle Placide et je ferais bien de chanter aujourd’hui ! J’ai de gros concerts qui arrivent à fond de train, défiant le temps. Je reporte ce moment depuis les vacances, mais maintenant, je ne peux plus reculer. Je dois chanter ! 

         Je suis un habitué du « tout ce que tu peux faire aujourd’hui, essaye de le remettre à demain » ! Seulement voilà, demain me fait peur. Si je ne commence pas aujourd’hui, je ne serai jamais prêt pour ces concerts. Alors, il s’agit d’étudier une cantate de Bach, une de Telemann et le Messiah de Haendel. Rien que ça !

         (Vous ne trouvez pas qu’ils avaient un peu tous la même tête ? Ce qui n’est pas le cas pour leur musique, je veux dire que ça se ressemble, mais pas trop !)

 

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         Bach et Telemann c’est dans trois semaines à Bruxelles (dans une église). 

         Le Messiah c’est dans six semaines en Hollande (Amsterdam et Utrecht) avec une troupe New-Yorkaise. Je ne vous dis pas le trac ! Des New-yorkais ! Les meilleurs quoi ! Le Messiah sera mis en scène.

         (D’habitude, enfin, en général, on le joue en version concert. Peinard. Partitions en main. Bien campé sur ses jambes. Bichonné par un chef d’orchestre qui fait très attention à vous, qui vous suit avec sa baguette magique, rattrapant les retards ou les galops trop volages des vocalises. Oui, d’habitude. Mais avec les New-Yorkais ça va swinguer ! Pas question de rester planté et de cajoler son larynx. Non, non, faudra jouer, courir, ramper, monter, faire du théâtre quoi !) 

         Oh la la, je sens que je ferais bien de m’y mettre !

         Oui, mais il n’est que sept heures du matin. Tout le monde dort. C’est dimanche et je ne peux pas réveiller les voisins, ni mon fils, ni ma fiancée ! 

         Donc, Bach, Telemann, Haendel ; faut aussi que je continue d’écrire « Alexia », « Brutus et Rufus », « Gisèle et le curé », les humeurs ..., que je me prépare pour un rôle dans un doublage (une série anglaise de la BBC), que je mette à jour mon blog, ...

         Oh la la, je sens que je ferais bien de m’y mettre !

 

         Un petit café. Non deux. Et puis, une bonne cigarette. Je sais... mais Caruso (pas celui des Experts Miami ! que j’adore) Enrico Caruso, le ténor, fumait quarante clopes par jour, et des égyptiennes ! Et puis moi, ça me va bien la cigarette. J’aime la nicotine. J’aime la première brûlure dans les poumons.

 

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         Par contre, je dois cesser de boire. C’est aujourd’hui que je commence. Ce n’est pas trop difficile.

         Notez que j’ai la tête qui ressemble à un ballon d’Anderlecht qui vient de perdre le match. Je me suis bien dopé hier soir à la Gordon jaune. Dopé au houblon que même Floyd Landis n’aurait pas pu me suivre dans les cols ! Alors, l’idée de la bière à sept heures du matin me donne envie d’arrêter de boire pour de bon. Juré ! Je ne toucherai plus jamais ! Suffit de le vouloir. D'ailleurs je crois que le Caruso des Experts ne boit pas ...

 

 

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            Patrick Ringal

 

    cequejevois@hotmail.com