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05/08/2008

Ingrid Soubirous

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   - Et bien monsieur le curé d’Amboise sur Alèthe, c’est que nous avons bon appétit ce matin ! Comme le dit ma sœur ; celui qui mange à sa faim ne fera pas de mal à son prochain ! 

         - Ma bonne Gisèle, savez-vous combien d’offices m’attendent aujourd’hui ?

         - Si j’ai bonne mémoire, quatre ? 

         - Oui quatre ! Voilà pourquoi je remplis ma panse. Deux messes, un mariage et un baptême ; autant dire que c’est une étape de montagne...

         - Ah ça, Dieu ne nourrit pas son homme, comme le dit ma sœur ! 

         - Votre sœur est une impertinente personne ! Elle vit dans l’immoralité et le péché...

         - Vous voulez dire qu’elle est homosexuelle et que ça ne plaît pas à votre Benoit 16 ! (Et Gisèle de murmurer entre ses dents : ce Rat d’hiver !) 

         - Ni à moi d’ailleurs ! Voulez-vous bien me laisser manger !

         - Bien, bien, mais dites-moi, avant de vous laisser méditer sur la pauvreté des mœurs de ma sœur, écoutez-vous de temps à autre ce qui se passe dans le monde ? Non mais ! Par exemple, que pensez-vous des sans papiers qui se hissent tout en haut des grues et menacent de sauter si on ne leur donne pas le droit d’asile ? 

         - Heu ... Je pense qu’ils feraient mieux de réfléchir parce que la vie est un cadeau que Dieu nous a fait. Il faut respecter les cadeaux...

         - Même dans une prison ? 

         - On sort toujours de prison.

         - Pas des prisons iraniennes ! 

         - Oh ma bonne Gisèle, je ne sais même plus où est l’Iran !

         - Et que pensez-vous de la nouvelle foi d’Ingrid Betancourt ? 

         - Qui ? Ingrid Soubirous ?

         - Oui si on veut, Ingrid Soubirous, ça lui va bien. Je reconnais que sa foi l’a sauvée, mais je dois dire qu’elle nous joue la madone avec ses airs de sainte et ses yeux qui brillent comme une bougie sur un autel. Elle est revenue de l’enfer ! Ce n’est pas Dieu qui est allé la chercher dans la jungle que je sache ! 

         - Ma foi, si sa foi peut convaincre d’autres infidèles de revenir vers notre belle église, ce n’est pas plus mal. J’ai cru remarquer que depuis quelques temps les rangées de notre paroisse sont assez clairsemées... Ingrid Soubirous est une bonne pub, comme on dit, pour les catholiques !

         Gisèle préféra se taire et vaquer à ses occupations. C’est qu’elle avait une furieuse envie de jeter à la figure de son curé d’Amboise sur Alèthe de l’eau qui purifie !

 

 

 

 

 

           Patrick Ringal

 

   cequejevois@hotmail.com

 

 

05/06/2008

Gisèle et le suicide

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          Comme le dit Paul Galand : un crocodile n’est pas fait pour terminer sa vie en manteau sur les épaules d’un mannequin anorexique ! 

         Et bien moi je dis que les enfants de 22 et 24 ans ne sont pas faits pour aller se suicider dans les bois loin de chez eux ! Vous me comprenez monsieur le curé d’Amboise sur Alèthe ?

         Monsieur le curé boit son café et lit le journal. Il relève la tête et dit : 

         - Gisèle, à 22 et 24 ans on n’est plus un enfant ! Ces grands là savent ce qu’ils veulent...

         - Mais je vous parle de suicide ! 

         - Miséricorde...

         Monsieur le curé fait le signe de croix à la va-vite. 

         - Vous pensez que ces jeunes s’amusent ? Vous pensez qu’ils veulent se suicider par jeu ?

         - Ma bonne amie, qui sont ces jeunes dont vous me parlez ? 

         - Vous n’avez pas entendu parler de ces trois enfants de 22, 22 et 24 ans qui sont allés dans les bois, qui ont fermé les vitres de leur voiture et qui ont branché un tuyau avec le pot d’échappement ?

         - Non, mais je trouve que leur acte est infantile... 

         - C’est bien ce que je vous dis ! Ce sont des enfants !

         - Mon dieu ! Sont-ils morts ? 

         - Non, mais ce n’est pas votre dieu qui les a sauvés. Un bûcheron (avec son cheval ardennais) passait par là et il a trouvé ces pauvres âmes un demi-pied dans la tombe...

         - Dans quel monde vivons-nous... C’est certainement le cheval ardennais qui a conduit cet homme... 

         Monsieur le curé d’Amboise sur Alèthe reste un moment pensif, puis dit :

         - Le cheval ardennais... Quelle belle bête ! Calme, puissant, une force tranquille, une crinière aussi belle que les cheveux du Christ, une « paisibilité », une bonne humeur, aaaah les cheveux, heu, les chevaux ardennais ! Il faudrait que chaque village en possède un et tout irait mieux. Je vais vous dire une chose ma bonne amie : les animaux nous montrent les portes de la vie. Ils n’abandonnent jamais. Ce n’est pas comme vos enfants ! 

         - Ouais (veuillez excuser mon langage de si bon matin) mais vous pourriez faire une prière pour qu’ils ne recommencent plus, et tant qu’à faire, faites-en aussi une pour les pêcheurs qui ne gagnent plus leur vie... au lieu de débiter (pardon) des conneries sur les bienfaits des animaux et patati et patata... !

         - Je vais essayer. Mais vous savez que j’ai déjà tellement de prières à faire ce matin et que je ne sais pas où mettre celle pour ces jeunes désœuvrés, ce bûcheron, les pécheurs ! Ah, ben j’y pense, je dois également prier pour madame Tussard... Elle a une dent qui gigote et elle aimerait qu’elle tienne jusqu’à la fête du cochon. Bien, je vais essayer. Je prierai également pour le cheval ardennais qui a retiré de la détresse ces trois enfants...

         Sur ces bonnes paroles, le curé d’Amboise sur Alèthe termine sa tasse de café.

 

 

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           Patrick Ringal

 

    cequejevois@hotmail.com

 

 

20/03/2008

Gisèle se confesse

        

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          Je ne vous l’ai jamais dit, mais il y a un pub Irlandais à Amboise sur Alèthe, et j’aime m’y rendre le vendredi après le marché. Je sais que ce n’est pas de bonne tenue. Je m’y rends pour boire une pinte de Guinness. Une seule. Je peux vous dire que cette pinte est suffisante pour me mettre de bonne humeur toute la journée. Oh que oui ! Je ne l’ai jamais avoué à monsieur le curé. (Bien que je le soupçonne de boire beaucoup plus que son vin de messe ! Il y a une cave en-dessous de la cure. Monsieur le curé dit que cette cave est un don de Dieu et que de temps à autre il aime aller s’y recueillir...) Une bonne pinte de Guinness et le monde prend des allures, comment dirais-je, des allures de jour de noces. 

         Je retrouve bon nombre de nos paroissiens au pub Irlandais (le St-Patrick). Les habitants d’Amboise, comme beaucoup d’autres qui fréquentent les marchés, aiment profiter de cette sortie, de cette occasion, pour aller s’en jeter un petit.

         Monsieur le curé n’aime pas les pubs. 

         Il aime sa cave et son missel.

         Il dit que le chemin vers Dieu est plus facile après le vin de messe. 

         Il y a un écrivain au St-Patrick. Il vient tous les jours. Il s’assoit toujours à la même table. Il commande un café serré et écrit dans son petit carnet.

         - Excusez-moi de vous déranger monsieur l’écrivain, mais je vous vois écrire et je me demandais si vous écriviez un roman ? 

         Il a levé la tête, m’a observé et a dit :

         - Si on veut... 

         - Vous n’avez pas l’air heureux ?

         - Comment le serais-je ! Je viens d’écrire de la merde ! Vous savez ce que c’est d’écrire de la merde, excusez-moi, c’est écrire des choses qui sentent mauvais, c’est écrire pour ne rien dire. Il y a des jours sans loi. Je ne suis pas content. Maintenant, je vais rentrer chez moi et regarder la télé en me disant que je ne vaux rien. 

         - Mais ne dites pas ça ! Demain sera plus beau !

         (Je me rendais bien compte que ce que je disais était stupide.) 

         - Merci, qu’il a dit, mais vous ne comprenez pas.

         - Si. Je crois que je comprends qu’un écrivain souffre comme nous. C’est bien d’avoir des doutes... Non ? 

         - Je ne vis que de doutes.

         Il a levé la main. Le garçon (fils d’Irlandais) est venu et a demandé : 

         - Encore un café ?

         - Non, une Guinness... 

         - Hou la ! Ca ne va pas ce matin !

         - Non. 

         L’écrivain a baissé la tête.

         J’ai entendu le clocher sonner midi. 

         - Mon Dieu ! Il faut que je vous laisse ! Sinon, monsieur le curé n’aura pas son filet de cabillaud !

         Je suis partie.

         L’écrivain semblait perdu.

 

 

 

 

            Patrick Ringal

 

    cequejevois@hotmail.com