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17/02/2012

Le méchant


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    La première de « Traviata-Camélia » a eu lieu.
    Maintenant, nous jouons cet opéra dans lequel je suis le méchant. . .
    (J'aime bien jouer les méchants. Je crois que tous les comédiens aiment jouer les méchants et vous savez pourquoi ? Parce que les gentils se font toujours avoir, parce que les gentils n'ont pas de caractère, parce que les gentils ont de belles gueules de jeunes premiers et que les belles gueules sont souvent vides. . . Et puis, jouer les méchants permet de ne pas l'être dans la vraie vie.)

    Voici un lien qui vous permettra de vous en faire une idée plus précise ; en réalité, un reportage de « Telesambre ». ― Pour ceux, comme moi, qui ne connaissent pas cette télévision, rassurez-vous, c'est une télévision tout à fait normale. . . ! ―

 

Telesambre 

 

 

DSC_8264.jpg

 

Photos : Marie-Christine Paquot

13/02/2009

Pour tout vous dire (épisode 10)

 

baignoire-fonte-ancienne

 

         René se passa les mains sur les yeux. Il croyait rêver. Ce n’était pas possible ! Il s’approcha et toucha le fauteuil. Tout était bien réel. Il retourna dans les escaliers et écouta. Son cœur battait à tout rompre. La vieille Accrot ne pouvait pas avoir quitté son fauteuil toute seule ! Ca ne se pouvait pas ! Trop faible ! Trop fragile !

 

         Il descendit une volée de marches et s’arrêta au troisième étage. Il glissa le long du mur pour s’approcher de la première chambre. Les lumières de la rue éclairaient suffisamment l’intérieur de la maison pour qu’il puisse voir. Maman n’était pas dans la première chambre. Ni dans la deuxième.

 

         Soudain, il poussa un cri ! Il venait de comprendre !  

         Il courut vers le fond du couloir et ouvrit violemment la porte de la salle de bain...

 

         ... La vieille Accrot était couchée dans un bain d’eau froide. Elle souriait de ses dents jaunes et acérées. Son teint gris se confondait avec le carrelage. Elle fixait son fils d’un regard méprisant et le fixait aussi avec le fusil de collection qui avait appartenu à son grand-père. La vieille Accrot avait posé un verre de whisky sur le rebord de la baignoire.  

         - Te voilà enfin fils adoré ...

 

         - Tu te rends compte de toute l’eau que tu utilises !  

         - Tu ne croyais tout de même pas que j’allais te demander la permission. Tttt, tttt, ne bouge pas. J’ai encore mes bras mon enfant. Des bras vigoureux qui me permettent de tenir cette arme. Tu fais un pas et je tire. Des bras qui me permettaient, chaque fois que tu allais rendre visite à cette femme, de sortir du grenier et de venir me laver et surtout boire... Boire ... Tu as cru m’avoir ! Mais pendant tes petites sorties j’en profitais pour venir me laver, me prélasser, me rafraîchir. Ce n’est pas bien d’abandonner sa maman René, surtout par ces fortes chaleurs. Je dois dire que tu en as mis du temps cette fois-ci. Je commençais vraiment à puer la charogne !

 

         - Un bain par mois ! Pas plus ! Maman, tu gaspilles l’eau. On va être rationnés !  

         Il voulut faire un pas, mais la vieille le menaça de son arme.

 

         - Ne bouge pas ou je tire !  

         - Ce n’est qu’une vieille pétoire. Elle n’a plus servi depuis des années. Elle va t’exploser à la figure.

 

         René étouffait de haine. S’être fait avoir comme un débutant. Ne pas avoir prévu ce coup, lui, le champion d’échecs ... Et justement, sa maman dit :  

         - Echec et mat !

 

         Elle appuya sur la détente.  

         René n’apprendra jamais comment la vieille avait fait pour ouvrir la porte du grenier, ni depuis combien de temps elle se permettait de gaspiller l’eau. René ne saura jamais comment la vieille Accrot se débrouillait pour descendre et surtout remonter les escaliers. Que d’erreurs ! Avoir laissé le fusil du grand-père Accrot dans le grenier ! René ne comprendra jamais comment les vieux égoïstes faisaient pour gravir l’Everest. Jamais.

 

         Le fusil explosa au visage de maman et projeta sa cervelle sur le carrelage de la salle de bain. Ses dents jaunes volèrent dans la pièce en sifflant de rage. L’une d’elle alla briser le miroir au-dessus du lavabo.  

         Pour tout vous dire, ça ne chagrina pas trop René qui avait tant de fois pleuré devant lui dans son enfance en se lavant les dents, tout seul dans la grande maison vide.

                                                                             fusil1

 

         Patrick Ringal