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20/03/2008

Gisèle se confesse

        

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          Je ne vous l’ai jamais dit, mais il y a un pub Irlandais à Amboise sur Alèthe, et j’aime m’y rendre le vendredi après le marché. Je sais que ce n’est pas de bonne tenue. Je m’y rends pour boire une pinte de Guinness. Une seule. Je peux vous dire que cette pinte est suffisante pour me mettre de bonne humeur toute la journée. Oh que oui ! Je ne l’ai jamais avoué à monsieur le curé. (Bien que je le soupçonne de boire beaucoup plus que son vin de messe ! Il y a une cave en-dessous de la cure. Monsieur le curé dit que cette cave est un don de Dieu et que de temps à autre il aime aller s’y recueillir...) Une bonne pinte de Guinness et le monde prend des allures, comment dirais-je, des allures de jour de noces. 

         Je retrouve bon nombre de nos paroissiens au pub Irlandais (le St-Patrick). Les habitants d’Amboise, comme beaucoup d’autres qui fréquentent les marchés, aiment profiter de cette sortie, de cette occasion, pour aller s’en jeter un petit.

         Monsieur le curé n’aime pas les pubs. 

         Il aime sa cave et son missel.

         Il dit que le chemin vers Dieu est plus facile après le vin de messe. 

         Il y a un écrivain au St-Patrick. Il vient tous les jours. Il s’assoit toujours à la même table. Il commande un café serré et écrit dans son petit carnet.

         - Excusez-moi de vous déranger monsieur l’écrivain, mais je vous vois écrire et je me demandais si vous écriviez un roman ? 

         Il a levé la tête, m’a observé et a dit :

         - Si on veut... 

         - Vous n’avez pas l’air heureux ?

         - Comment le serais-je ! Je viens d’écrire de la merde ! Vous savez ce que c’est d’écrire de la merde, excusez-moi, c’est écrire des choses qui sentent mauvais, c’est écrire pour ne rien dire. Il y a des jours sans loi. Je ne suis pas content. Maintenant, je vais rentrer chez moi et regarder la télé en me disant que je ne vaux rien. 

         - Mais ne dites pas ça ! Demain sera plus beau !

         (Je me rendais bien compte que ce que je disais était stupide.) 

         - Merci, qu’il a dit, mais vous ne comprenez pas.

         - Si. Je crois que je comprends qu’un écrivain souffre comme nous. C’est bien d’avoir des doutes... Non ? 

         - Je ne vis que de doutes.

         Il a levé la main. Le garçon (fils d’Irlandais) est venu et a demandé : 

         - Encore un café ?

         - Non, une Guinness... 

         - Hou la ! Ca ne va pas ce matin !

         - Non. 

         L’écrivain a baissé la tête.

         J’ai entendu le clocher sonner midi. 

         - Mon Dieu ! Il faut que je vous laisse ! Sinon, monsieur le curé n’aura pas son filet de cabillaud !

         Je suis partie.

         L’écrivain semblait perdu.

 

 

 

 

            Patrick Ringal

 

    cequejevois@hotmail.com

 

 

03/07/2007

Gisèle et le poisson

 

 

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        J’ai pris mon sac ce matin (le plus grand, celui dans lequel les poireaux entrent le plus facilement) et je me suis rendue au marché d’Amboise sur Alèthe. C’est le mardi chez nous. Quand je suis arrivée sur la place, le soleil a déchiré un ruban de nuage et m’a lancé un bonjour chaud et délicieux. Il y avait beaucoup de dames, quelques vieux messieurs, pas un seul enfant et des chiens qui suivaient la piste du mâle précédent. Alors, je me suis assise sur le banc. J’ai fait un signe de tête à Mme Certy et elle me l’a rendu. Ensuite c’est Louise Goessens qui est passée avec son sac à provisions déjà bien rempli (c’est une lève-tôt, pas comme monsieur le curé ! Il m’a encore fait sa tête des mauvais jours ce matin !). J’avais l’étal du poissonnier juste en face de moi, Monsieur Feriot. Il m’a salué en secouant au-dessus de sa tête la queue d’un merlan.

 

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           Je lui ai fait un petit signe de la main. Il paraît que les Belges mangent moins de poisson, enfin ce sont les flamands qui le disent (et c’est normal puisque ce sont eux qui pêchent le poisson, ou ce qu’il en reste ...), il paraît que le prix du poisson a augmenté, le pain aussi d’ailleurs, oh et puis, tout a augmenté... Il paraît que les Belges se ruent sur les surgelés ; surtout pour le cabillaud et les harengs, pour les crevettes aussi (ça, ça me semble étrange), pour les filets de colin également. Alors, j’ai bien observé le poissonnier dans son étal... Il vendait du poisson à tour de bras. D’ailleurs, si je ne me dépêchais pas, je n’en avais plus ! On faisait même la file, comme pour le poulet rôti. 

         Je ne sais pas où les flamands vont chercher tout ça ! Nous, on mange du poisson à Amboise sur Alèthe, mais les flamands ne savent pas que nous existons. Ils sont tout de même culottés, non ! Ils nous la pissent froid, mais ils aimeraient qu’on leur achète beaucoup de poisson... Et ben tiens, je vais acheter du hareng et du cabillaud norvégien. Je sais que Monsieur Feriot en a toujours avec lui. Et de la sardine bretonne !

         Je suis restée assise encore quelques minutes, disant bonjour ici et là, profitant des rayons du soleil, très généreux aujourd’hui.

         J’ai vu passer un jeune sur une moto. Il ne portait pas de casque et il zigzaguait dangereusement. Je crois qu’il avait bu, en tout cas, il n’avait pas les yeux en face des trous. J’ai eu peur pour lui, alors je lui ai adressé un discret signe de croix. J’ai demandé à St Thomas de lui donner une longue ligne de vie, pleine de santé et de bon sens, et surtout de manger beaucoup de poisson pas flamand !

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          Patrick Ringal

   cequejevois@hotmail.com