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30/12/2009

Paula et les cadeaux de Noël

paulacadeau

 

 

        Paula a décidé de faire le bilan de son année écoulée. Il lui reste trois jours avant de connaître l’an neuf. Trois jours et une pagaille de choses à clarifier dans sa tête. Oui, c’est mieux de faire le ménage avant les douze coups de minuit. Comme chacune et chacun, Paula se dit que l’an neuf sera meilleur que le précédent, pour ainsi dire pourri et avarié, comme délabré. Alors, chaque jour, un instant de réflexion. . .

        Mais avant de faire cela, Paula à envie de couper ses ongles, de boire une tasse de thé vert au Ginko et de prendre les poussières. On réfléchit mieux dans un espace sain, avec les ongles bien faits. En quelques clics, Paula a chassé le mal. Couper ses ongles lui évite de les ronger.

        Paula regarde les cadeaux de Noël qu’elle a reçu vendredi 25. Rien de bien affriolant. Des cadeaux qui reflètent les liens qu’elle entretient avec sa famille. C’est incroyable ! se dit-elle, mais ma sœur ne me connaît plus, ou plutôt c’est son cure-dent de mari qui ne me connaît pas et qui l’entraîne loin de notre complicité. Mais pourquoi se faire des cadeaux alors ? Le plus important est de se retrouver, de s’amuser, de tisser des liens avec les siens, de s’écouter (tiens, si je m’écoutais je jetterais le tout par la fenêtre !) et de renouer ce qui s’est dénouer pendant l’année pourrie. Mais non ! Ce fut horrible, Paula frissonna. Nous n’avions rien à nous dire. Nous étions gênés. Nos parents étaient silencieux comme à leur habitude. Père regardant la télévision et mère tournoyant dans ses fourneaux. Le cure-dent n’arrêtant pas de reluquer Paula et sa robe courte, se disant qu’il prendrait bien quelques après-midi pour venir la lui enlever dans le dos de sa femme. Un Noël triste. Paula espère que le réveillon de nouvel an sera meilleur.

        Première bonne résolution à prendre : jeter les cadeaux. . .

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       Paula est heureuse de sortir de chez elle, les ongles bien vernis et les bras chargés des paquets inutiles. Plutôt que de les jeter, elle a décidé de les donner au secours populaire. Voilà une bonne action !

       

 

         Patrick Ringal

02/09/2009

Six feet under (suite)

 

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Je me suis dit que je pouvais bien faire l'effort de passer une soirée avec ma femme ; ma femme s'est dit la même chose en abandonnant son tricot. Nous avons mangé en silence. Nous étions gênés. Cela faisait longtemps que nous n'avions plus programmé une activité ensemble après le repas du soir.

On s'est installé dans le divan, moi à droite et on a démarré la série, la méga mégalo démentibulaire série « Six feet under » que ma soeur nous avait conseillée !

Très beau générique, belle musique, belle couleur. Il y avait de l'idée. Ça me changeait des génériques de films cochons. On se tenait bien droit dans le divan. Je savais que nous allions lentement nous renfoncer jusqu'à nous retrouver avachis comme des ados, disparaissant dans les replis du divan.

Et puis tout a basculé. Le héros a entraîné une inconnue dans un réduit à l'aéroport (il avait atterri vingt minutes auparavant), il lui a soulevé sa jupe et, sans même connaître son nom, il l'a secouée, ballotée, bousculée... Il lui a fait remonter le cours du fleuve. Elle en redemandait, comme dans mes films cochons. Ils bavaient l'un sur l'autre un désir malsain.

J'ai serré les poings jusqu'à me faire des marques rouges dans les paumes. Mon dieu que j'étais mal à l'aise. J'ai jeté un bref regard vers ma femme ; elle faisait pareil... Nous avions cessé de respirer. Nous regardions l'écran sans rien voir. Nous espérions que la scène allait bientôt s'arrêter, mais les deux acteurs prenaient du bon temps. Ça m'a rappelé quand j'étais plus jeune et que je regardais la télévision avec mes parents : lorsqu'une scène un peu osée commençait, ma mère toussait, se levait et changeait de chaîne. Ni vu ni connu (mais je savais que le lendemain elle téléphonerait à la chaine en question pour les admonester !)

Ici, rien de tout ça. Juste du malaise concentré. Nous n'aimions plus faire la chose et nous étions là, assit dans le même divan pour la première fois depuis, oooh depuis … ? et nous étions pris en flagrant délit de puberté.

Cette scène ne s'est jamais terminée. Je me suis levé à mon tour et j'ai éteint la télévision. Ma femme a poussé un soupir de soulagement. J'ai dit : je ne sais pas ce qui s'est passé dans la tête de ma soeur ? Ma femme a baissé la sienne. Elle est jeune, qu'elle a répondu. Elle avait les joues toutes rouges.

Nous savions que nous ne regarderions plus jamais une série ensemble.

Je sais depuis que je suis passé à côté d'une grande oeuvre et que j'ai complètement foiré mon mariage …

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              Patrick Ringal